Yawa, 34 ans, comptable dans une PME à Lomé :

« Ça fait presque trois ans que je n’ai pas posé un seul jour. Mon patron répond toujours « plus tard, on est débordés », puis en décembre il me glisse 60 000 FCFA « pour les vacances ». Ai-je le droit d’exiger mes vrais jours de repos ? »

Vous travaillez dur toute l’année et, au moment de souffler, votre patron trouve toujours une raison de repousser vos vacances. Ou pire : il vous propose une petite enveloppe à la place. Des milliers de salariés togolais vivent cette frustration chaque année.

Heureusement, le Code du travail de 2021 encadre très précisément les congés payés au Togo. Durée, période de prise, refus, report, rachat, indemnité de départ : tout est écrit noir sur blanc. Votre employeur peut-il vraiment refuser vos congés payés, ou les « racheter » contre un peu d’argent ? La réponse va vous rassurer.

L’essentiel en bref :

  • 2,5 jours par mois travaillé, soit 30 jours pour une année complète (article 200).
  • Le droit s’ouvre pleinement après 1 an de service (prise possible dès 6 mois par accord).
  • Le patron organise les départs, mais il ne peut pas refuser indéfiniment vos congés.
  • Vous racheter vos jours pendant que vous travaillez reste illégal : la clause est nulle.
  • À votre départ, l’employeur vous paie les jours non pris, même en cas de faute.
  • Vous gardez 5 ans pour réclamer devant le tribunal du travail.

À jour ? La convention collective évolue. Les références ci-dessous portent sur la Convention collective interprofessionnelle du Togo (CCIT) de 2011, toujours applicable aujourd’hui. Une nouvelle version a été signée le 30 avril 2026 ; son texte officiel n’est pas encore publié. Dès qu’il le sera, nous mettrons cette page à jour. En attendant : Convention collective Togo : la nouvelle version 2026.

Combien de jours de congés payés la loi vous accorde-t-elle ?

D’abord, la règle de base reste simple. Pour chaque mois de travail effectif, vous accumulez 2,5 jours de congé. Sur une année complète, cela représente 30 jours, soit environ cinq semaines. C’est un plancher : votre contrat ou la convention collective peut prévoir mieux, jamais moins.

Ce que dit la loi :
« Sauf dispositions plus favorables des conventions collectives ou de contrat de travail individuel, le travailleur acquiert droit au congé payé, à la charge de l’employeur, à raison de deux jours et demi par mois de service effectif. »
Source : Article 200, Code du travail togolais 2021

En clair : peu importe que vous soyez fonctionnaire, employé d’une grande entreprise ou salarié d’une petite PME déclarée. Dès lors que vous avez un contrat de travail, vous cumulez ces jours. De plus, certaines absences continuent de compter comme du « service effectif » :

  • les absences pour accident du travail ou maladie professionnelle ;
  • le congé de maternité ;
  • les périodes de grève ou de lock-out déclenchés dans les règles ;
  • les absences que l’employeur autorise ;
  • le chômage technique ou économique ;
  • les arrêts maladie qu’un médecin agréé atteste, dans la limite de six mois.

Concrètement, un salarié en arrêt maladie quatre mois sur l’année continue de cumuler ses 2,5 jours par mois pendant cet arrêt. Par ailleurs, les permissions exceptionnelles (mariage, naissance, décès d’un proche) n’amputent pas votre congé annuel, dans la limite de dix jours par an.

À partir de quand pouvez-vous partir ?

L’article 201 pose une règle de patience : vous obtenez le droit au congé après un an de service effectif. Avant douze mois d’ancienneté, votre employeur n’a donc pas l’obligation de vous laisser partir. Toutefois, les deux parties peuvent convenir d’une prise « au prorata » dès six mois consécutifs de présence.

Durée de service Droit acquis Texte
Chaque mois travaillé 2,5 jours Art. 200
6 mois consécutifs ≈ 15 jours (prise possible par accord) Art. 201
1 an complet 30 jours (droit pleinement ouvert) Art. 200 + 201
Report par accord cumul plafonné à 2 ans de droits Art. 201

congés payés Togo - salariée d'une PME au bureau qui vérifie ses droits

Loi vs pratique : beaucoup d’employeurs togolais comptent en « jours ouvrés » (du lundi au vendredi) alors que la loi raisonne en jours ouvrables, samedi inclus. Du coup, votre compteur peut perdre plusieurs jours par an. Si votre fiche affiche 22 jours au lieu de 30, réclamez par écrit la base exacte du calcul à la RH. La loi reste de votre côté.

Votre patron peut-il refuser ou repousser vos congés ?

Pourtant, voici un point que beaucoup de salariés ignorent. L’employeur fixe bien l’ordre des départs, mais il agit dans un cadre strict. En effet, la Convention collective interprofessionnelle (article 44) impose de fixer la date d’un commun accord. S’il décide seul, il doit communiquer l’ordre des départs au moins quinze jours à l’avance et l’afficher dans les bureaux et ateliers.

De plus, une fois la date arrêtée, il ne peut ni l’avancer ni la retarder de plus de trois mois. Cette règle vous protège quand vous avez déjà engagé des frais : billet pour rentrer au village, inscription scolaire des enfants, location d’un véhicule.

Certes, votre patron peut décaler la période que vous demandez pour une raison d’organisation : pointe d’activité, inventaire, absence simultanée de plusieurs collègues, projet client à délai serré. En revanche, il ne peut pas refuser « parce qu’il y a toujours du travail ». Pire encore, refuser de vous laisser partir trois ans de suite reste abusif, car la loi ne tolère le report que dans la limite de deux ans.

Le bon réflexe : formulez toujours votre demande par écrit (email ou message avec accusé de lecture) et exigez une réponse écrite. Sans trace, vous aurez du mal à prouver un refus abusif devant l’inspection du travail.

Et la fermeture annuelle de l’entreprise ?

Oui, votre employeur peut imposer une fermeture annuelle (par exemple deux semaines en août), période pendant laquelle tout le monde part. Cette pratique reste légale tant qu’il l’annonce à l’avance et qu’elle ne réduit pas votre total sous les 30 jours pour qui a acquis son droit complet.

« Je te paie à la place » : pourquoi le rachat de vos congés est illégal

Concrètement, beaucoup d’entreprises togolaises pratiquent le « rachat » : elles versent 50 000, 100 000 voire 200 000 FCFA en fin d’année au salarié qui n’a pas pris ses jours. Or cette pratique reste interdite tant que vous êtes en poste.

Ce que dit la loi :
« Sauf dispositions contraires des conventions ou accords collectifs de travail, toute clause prévoyant l’octroi d’une indemnité compensatrice en lieu et place du congé est nulle et de nul effet. »
Source : Article 201, Code du travail togolais 2021

Attention, piège : si votre patron vous propose ce « deal », l’argent versé ne le libère pas de son obligation de vous accorder vos jours. La clause étant nulle, il ne peut pas vous l’opposer plus tard. Autrement dit, vous pouvez encaisser et exiger ensuite vos vrais jours de repos. En effet, ce repos protège votre santé : la loi refuse qu’on le remplace par une enveloppe.

Toutefois, la seule exception concerne la fin du contrat. Là, comme vous ne pourrez plus prendre vos jours, l’employeur doit vous les payer. On parle alors d’indemnité compensatrice, et nous y venons tout de suite.

Votre patron refuse vos congés depuis plus d’un an ?

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Combien votre patron vous doit sur vos congés

En effet, cet aspect devient décisif quand vous quittez l’entreprise (démission, licenciement, fin de CDD, retraite). Si vous n’avez pas pris tous vos jours, votre employeur doit vous verser une indemnité compensatrice. Concrètement, le calcul suit l’article 202.

Ce que dit la loi :
« L’allocation de congé est égale au douzième de la rémunération calculée sur les bases ci-dessus, sauf dispositions plus favorables des conventions collectives ou des contrats individuels de travail. »
Source : Article 202, Code du travail togolais 2021

En pratique, vous procédez en deux temps :

  1. Additionnez votre rémunération brute des douze derniers mois : salaire de base, sursalaire, primes contractuelles, indemnités de logement et de transport. On écarte les primes de rendement et les remboursements de frais.
  2. Divisez par 12 pour obtenir l’allocation d’un mois complet, puis appliquez le prorata des jours non pris.

Prenons un exemple parlant. Une commerciale gagne 250 000 FCFA de salaire plus 50 000 FCFA de transport, soit 300 000 FCFA par mois. Sur douze mois, cela donne 3 600 000 FCFA, et l’allocation pour 30 jours vaut donc 300 000 FCFA. S’il lui reste 18 jours non pris à son départ : 300 000 × (18 / 30) = 180 000 FCFA, en plus de son solde de tout compte.

congés payés Togo - dossier RH et bulletins pour calculer l'indemnité compensatrice

Et si vous êtes licencié pour faute ?

Surtout, retenez ceci : votre employeur vous doit cette indemnité même s’il vous licencie pour faute. L’article 77 énonce clairement les conséquences d’un licenciement disciplinaire.

Bon à savoir : en cas de faute simple, vous conservez votre indemnité de licenciement, votre indemnité de préavis et votre indemnité de congés payés acquis non pris (article 77). La faute grave et la faute lourde vous font perdre l’indemnité de licenciement et celle de préavis, mais le texte ne retire jamais l’indemnité de congé. Vos jours acquis restent donc payables, quoi qu’il arrive.

Congés payés non pris : reportés, perdus, ou le piège du solde de tout compte

Le report reste possible, mais la loi l’encadre. Vous pouvez reporter vos jours par accord des deux parties, à condition que la période de service ouvrant droit au congé ne dépasse pas deux ans. En clair, vous cumulez une année sur l’autre, mais pas davantage.

Par conséquent, si vous ne prenez jamais vos jours et que l’employeur prouve qu’il vous a proposé des dates refusées, vous risquez de perdre les plus anciens. D’où l’intérêt de demander vos congés par écrit, chaque année.

Et lorsque vous quittez l’entreprise ? Vos jours non pris se transforment en argent (l’indemnité vue plus haut). C’est précisément là que se cache le piège le plus courant.

Loi vs pratique : beaucoup de salariés signent un document « pour solde de tout compte » sans vérifier que l’indemnité de congé y figure. Or cette signature n’efface pas vos droits si l’employeur a oublié ou minoré l’indemnité. Avant de signer, exigez le détail : jours acquis, jours pris, base de calcul. En cas de doute, ne signez pas et demandez 48 heures de réflexion. Vous gardez cinq ans pour réclamer le complément.

Cette prescription de cinq ans couvre toute action en paiement liée au contrat de travail (articles 86 et 172). Le délai court à partir du jour où la somme devient exigible, le plus souvent le solde de tout compte. Pour bien préparer ce départ, lisez aussi notre guide sur le solde de tout compte au Togo.

Congés payés refusés : 4 étapes pour faire valoir vos droits

Face à un refus sans motif légitime, ou à un « rachat » imposé, voici la marche à suivre. Chaque étape sert à construire un dossier solide, et la procédure devant le tribunal du travail reste gratuite.

  1. Adressez une demande écrite. D’abord, envoyez une lettre (recommandée ou email avec accusé) rappelant vos dates souhaitées, votre solde de jours et l’article 200 du Code du travail. Laissez un délai raisonnable de réponse, par exemple quinze jours.
  2. Saisissez l’inspection du travail. Ensuite, si le refus persiste, alertez l’inspecteur du travail de votre région. La démarche reste gratuite et il peut convoquer l’employeur en conciliation.
  3. Constituez votre dossier. Réunissez contrat, fiches de paie des douze derniers mois, demandes de congés écrites, refus éventuels, calendrier des départs. Plus le dossier est complet, plus la conciliation aboutit vite.
  4. Allez au tribunal du travail. Enfin, si la conciliation échoue, saisissez le tribunal du travail de votre ressort. L’avocat n’est pas obligatoire à ce stade et vous disposez de cinq ans pour agir.

Enfin, un dernier conseil : ne vous laissez pas intimider. Si votre patron vous sanctionne ou vous licencie parce que vous avez réclamé vos jours, ce licenciement de représailles devient un licenciement abusif et ouvre droit à des dommages et intérêts d’au moins trois mois de salaire (article 84). Pour aller plus loin, consultez nos articles sur le licenciement abusif au Togo, sur le droit du travail et vos 10 droits de salarié, et sur la grille salariale 2026 pour vérifier votre rémunération.

FAQ : questions fréquentes sur les congés payés

Combien de jours de congés payés ai-je par an au Togo ?

Vous accumulez 2,5 jours par mois travaillé, soit 30 jours pour une année complète de service (article 200 du Code du travail). Votre contrat ou la convention collective de votre secteur peut prévoir davantage, jamais moins.

Mon patron peut-il refuser mes congés parce qu’il y a trop de travail ?

Non, pas de façon permanente. Il peut décaler la période que vous demandez pour une raison d’organisation, mais il doit vous laisser partir dans un délai raisonnable. Un report d’année en année devient abusif au-delà de deux ans (article 201).

Puis-je accepter de l’argent à la place de mes jours de repos ?

Toute clause qui remplace le congé par une indemnité reste nulle tant que vous êtes en poste (article 201). L’argent versé ne libère pas l’employeur : vous pouvez l’encaisser et réclamer ensuite vos jours. Le rachat ne devient légal qu’à la fin du contrat.

Que deviennent mes jours non pris si je quitte l’entreprise ?

L’employeur vous les paie sous forme d’indemnité compensatrice, calculée au douzième de votre rémunération (article 202). Cette indemnité reste due même en cas de licenciement pour faute simple, grave ou lourde (article 77).

Combien de temps ai-je pour réclamer mon indemnité ?

Vous disposez de cinq ans à compter du jour où la somme devient exigible (articles 86 et 172). Signer un solde de tout compte n’éteint pas ce droit si l’employeur a oublié ou minoré l’indemnité.

Ce qu’il faut retenir

  • 30 jours par an après un an de service : c’est un droit, pas une faveur.
  • Le patron organise les départs, mais il ne peut ni refuser indéfiniment, ni racheter vos jours en cours d’emploi.
  • À votre départ, l’employeur vous paie les jours non pris, même en cas de faute, et vous gardez cinq ans pour réclamer.

En définitive, la loi togolaise protège clairement votre droit au repos. Vous n’êtes pas à la merci d’un « plus tard » répété sans fin. Rassemblez vos preuves écrites, puis passez par l’inspection du travail : c’est gratuit et souvent efficace.

Et vous, votre employeur respecte-t-il vos congés payés ? Partagez votre situation en commentaire, ou posez votre question via notre page dédiée.

Sources et références

Ce que disent nos lecteurs

"Mon employeur m'a licencié sans préavis après 6 ans de service, en prétextant une faute grave que je n'avais pas commise. J'ai contacté Ophelia sur WhatsApp un soir, et dès le lendemain elle m'avait expliqué mes droits selon le Code du travail togolais. Grâce à LQDD, j'ai pu négocier une indemnisation sans même passer par le tribunal."

Kodjo, 34 ans, technicien en bâtiment à Lomé

"Mon mari est parti sans laisser d'adresse depuis plus de deux ans. Je ne savais pas si je pouvais demander le divorce, ni comment faire seule avec mes trois enfants. L'article sur l'abandon de foyer m'a tout expliqué clairement, et Ophelia m'a guidée étape par étape via WhatsApp. Je me suis sentie moins perdue, moins seule."

Akossiwa, 31 ans, couturière à Kpalimé

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