Votre bulletin de paie ne dit rien, votre contrat non plus, et personne dans l’entreprise ne sait vous répondre. Pourtant, la convention collective applicable à votre emploi décide du plancher de votre salaire, de votre prime d’ancienneté et du montant de votre indemnité de licenciement. Au Togo, cette question revient sans cesse : électricité, télécoms, banque, bâtiment, sécurité privée, transport, port. Beaucoup de salariés croient qu’aucun texte ne les couvre parce que leur société n’a signé ni adhéré à rien.

Cette croyance ne résiste pas à la lecture du Code du travail. De plus, il existe un mécanisme précis pour identifier votre texte de référence, sans avoir à deviner. Cet article décrit ce mécanisme, puis les quatre gestes concrets qui vous donnent la réponse.

Votre employeur est lié même s’il n’a adhéré à aucun syndicat patronal

La convention lie tout employeur qui exerce au Togo

Commençons par la croyance qui bloque tout le reste. Aucune signature, aucune adhésion patronale : un employeur doit pourtant appliquer la convention collective interprofessionnelle du Togo. La convention le dit elle-même, dans son tout premier article.

Ce que dit la loi :
« Tout syndicat ou groupement professionnel de travailleurs, tout employeur ou toute organisation syndicale d’employeurs, ou tout groupement d’employeurs, appelés à exercer leur activité au Togo, sont liés par les dispositions de la présente convention. »
Source : Article premier, alinéa 2, Convention collective interprofessionnelle du Togo (2026)

Le même article fixe un champ d’application très large. En effet, la convention se déclare « à caractère national » et régit les rapports de travail « dans toutes les entreprises exerçant leur activité sur toute l’étendue du territoire de la République togolaise ». Autrement dit, le principe retenu par le texte est l’inclusion.

Convention collective applicable au Togo : entreprise industrielle en activité à Lomé, comprise dans le champ de la convention interprofessionnelle
Toute entreprise qui exerce son activité au Togo entre dans le champ de la convention interprofessionnelle. Photo : Baname LARE, CC BY 4.0.

Le Code du travail impose la convention dans son champ d’application

Le Code du travail confirme ce raisonnement par une autre voie, qui ne dépend d’aucune signature.

Ce que dit la loi :
« Dans toute entreprise ou tout établissement compris dans le champ d’application d’une convention collective, les dispositions de cette convention s’imposent, sauf dispositions plus favorables pour les travailleurs, aux rapports nés des contrats individuels ou d’équipe. »
Source : Article 138, alinéa 3, Code du travail (loi n° 2021-012 du 18 juin 2021)

Notez le verbe : les dispositions « s’imposent ». La convention exige donc l’appartenance au champ d’application, et non l’adhésion. Or la convention délimite elle-même ce champ, que l’article 134 du Code décrit ainsi.

Ce que dit la loi :
« La convention collective détermine son champ d’application, qui peut être national, régional, local ou limité à un établissement ou plusieurs établissements. »
Source : Article 134, Code du travail

À retenir : deux textes différents mènent au même résultat. La convention vous couvre par son article premier, et le Code du travail l’impose par son article 138. Aucun des deux ne parle d’adhésion volontaire.

Les contrats en cours ont basculé le 20 mai 2026

Une précision de calendrier compte ici. La convention de 2026 s’applique depuis le 20 mai 2026, et son article 2 prévoit qu’elle « s’applique de plein droit aux contrats en cours d’exécution, à compter de la date de sa prise d’effet ». Par conséquent, la convention couvre un contrat signé en 2015 ou en 2020, sans démarche de votre part. Nous avons détaillé ce changement de texte dans notre article sur la nouvelle convention collective de 2026.

Votre contrat doit nommer la convention collective applicable

Passons maintenant au document qui porte normalement la réponse. Le Code du travail ne laisse pas ce point à la discrétion des parties : il impose une mention écrite dans le contrat de travail.

Ce que dit la loi :
« Le contrat de travail mentionne la convention collective sectorielle à laquelle il est soumis ou à défaut, la convention collective interprofessionnelle. »
Source : Article 37, alinéa 4, Code du travail

Cette phrase règle deux choses à la fois. D’abord, elle indique où chercher : votre contrat. Ensuite, elle donne la règle par défaut, puisque l’interprofessionnelle s’applique « à défaut » de convention sectorielle. Ainsi, un contrat muet ne vous laisse pas sans texte, il vous renvoie à l’interprofessionnelle.

L’alinéa suivant ajoute une sanction, et cela change la nature de votre demande.

Ce que dit la loi :
« L’employeur qui refuse d’indiquer la convention applicable est passible d’une amende conformément aux dispositions du Code pénal. »
Source : Article 37, alinéa 5, Code du travail

Indiquer la convention ne relève donc pas de la faveur que l’on demande. Il s’agit d’une obligation dont le refus entraîne une amende. Cette nuance sert les deux côtés : un employeur y lit ce qu’il doit écrire dans ses contrats, un salarié ce qu’il peut réclamer sans se sentir en position de quémander.

Réserve de méthode : l’article 37 ne chiffre pas cette amende, il renvoie au Code pénal. Nous ne publions donc aucun montant pour ce cas précis, faute de pouvoir le vérifier sur le texte pénal lui-même. En revanche, le Code du travail chiffre une amende voisine, que nous donnons plus loin.

Une convention de secteur ne l’emporte que si elle est plus avantageuse

Le contenu tranche, pas le rang

Beaucoup de lecteurs nous écrivent qu’une convention existe dans leur branche et se demandent laquelle gagne. La réponse ne tient pas au texte le plus spécifique, comme on le suppose souvent. Le contenu tranche.

Ce que dit la loi :
« […] est soumis(e) automatiquement à la présente convention si il/elle ne dispose pas de convention sectorielle plus avantageuse. »
Source : Article 3-c, Convention collective interprofessionnelle du Togo (2026)

La convention revient sur ce point ailleurs dans son texte, à propos du classement professionnel : « Dans tous les cas, les conventions sectorielles peuvent prévoir des dispositions plus favorables en la matière » (article 33). Deux articles distincts disent donc la même chose, ce qui rend la règle solide.

Le Code du travail organise la même logique à deux autres endroits. Notamment, une convention régionale ou locale qui adapte une convention nationale « peut prévoir des dispositions nouvelles et des clauses plus favorables aux travailleurs » (article 142). Et le Code se place lui-même au sommet : « Sauf lorsqu’elles sont plus favorables au travailleur, les clauses de tout contrat de travail ainsi que les conventions collectives sont conformes au présent Code » (article premier).

Vos avantages déjà acquis restent protégés

Enfin, l’article 4 de la convention protège votre situation personnelle. Nous l’avons relu sur le texte déposé au greffe.

Ce que dit la loi :
« La présente convention ne peut en aucun cas être la cause de restriction aux avantages individuels acquis par les travailleurs dans les entreprises à la date d’application de la présente convention, que ces avantages soient particuliers à certains travailleurs ou qu’ils résultent de l’application dans l’entreprise de dispositions collectives. »
Source : Article 4, alinéa 1, Convention collective interprofessionnelle du Togo (2026)

Retenez la mécanique. Le changement de convention ne peut pas servir de prétexte pour vous retirer un avantage que vous déteniez déjà. Deux limites accompagnent toutefois cette protection. D’abord, ce maintien « ne jouera que pour le personnel en service à la date d’application de la présente convention ». Ensuite, les avantages de la convention ne s’ajoutent pas à ceux que vous teniez déjà « pour le même objet », et c’est dans ce cas précis que le texte fait jouer la règle du plus favorable.

Ce que dit la loi :
« Dans ce cas, seules les dispositions les plus avantageuses pour les travailleurs seront appliquées après avis des intéressés. »
Source : Article 4, dernier alinéa, Convention collective interprofessionnelle du Togo (2026)

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Entreprise ou établissement public : le circuit est différent

Le statut public de votre employeur ne vous exclut pas

Des salariés de sociétés d’État et d’établissements portuaires nous posent régulièrement cette question. Commençons par écarter une fausse crainte : le statut public de votre employeur ne vous fait pas sortir du Code du travail par lui-même.

Ce que dit la loi :
« Est considérée comme travailleur au sens du présent Code, toute personne qui s’engage à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne, physique ou morale, publique ou privée, appelée employeur. […] Pour la détermination de la qualité de travailleur, il n’est tenu compte ni du statut juridique de l’employeur, ni de celui du travailleur. »
Source : Article 2, Code du travail

Le critère retenu porte donc sur la subordination réelle, un point que nous développons dans notre analyse du salarié déguisé.

Deux exclusions à vérifier : statut spécial et fonction publique

Cependant, deux exclusions existent, et elles figurent à l’article 3. D’une part, les relations de travail régies par des dispositions spéciales échappent au Code. D’autre part, le Code écarte également les personnes relevant des statuts de la fonction publique, sauf dispositions spécifiques contraires. Lorsqu’un statut propre régit votre personnel, ce statut commande.

Pour ceux qui ne se trouvent pas dans ce cas, le Code prévoit un chapitre dédié.

Ce que dit la loi :
« Lorsque le personnel des services, entreprises et établissements publics n’est pas soumis à un statut légal ou réglementaire particulier, des conventions collectives peuvent être conclues conformément aux dispositions du présent titre. »
Source : Article 152, Code du travail

L’arrêté d’extension, pièce décisive pour un employeur public

L’article suivant complète le dispositif, et il introduit une condition qu’il faut connaître. Une convention collective atteint ces employeurs publics lorsqu’elle « fait l’objet d’un arrêté d’extension, en application de l’article 143 » du Code, et pour autant qu’ils se trouvent, « en raison de leur nature et de leur activité », placés dans son champ d’application.

L’extension suit une procédure formelle, que le Code décrit ainsi.

Ce que dit la loi :
« A la demande de l’une des organisations syndicales reconnues représentatives ou sur l’initiative du Ministre chargé du travail, les dispositions des conventions collectives […] peuvent être rendues obligatoires pour tous les employeurs et travailleurs compris dans le champ d’application professionnel et territorial de la convention, par arrêté du Ministre chargé du travail, après avis consultatif du Conseil national du travail. L’arrêté d’extension est publié au Journal officiel de la République togolaise. »
Source : Article 143, Code du travail

Ce que nous ne savons pas, et nous le disons : nous n’avons trouvé dans nos fonds documentaires aucun arrêté d’extension de la convention interprofessionnelle de 2026. Nous n’affirmons donc ni qu’une telle extension existe, ni qu’elle n’existe pas. Pour un employeur public, cette pièce compte, et elle se demande au greffe du tribunal du travail ou à la Direction générale du travail.

En pratique, votre chemin rejoint celui d’un salarié du privé. Vous vérifiez d’abord ce que dit votre contrat, puis vous posez la question par écrit. La réponse de votre employeur vous indiquera s’il se considère régi par un statut particulier, par une convention sectorielle, ou par l’interprofessionnelle.

Quatre gestes pour identifier votre convention collective applicable

Voici la marche à suivre, du geste le plus discret au plus formel. Tous se font gratuitement.

  1. Relisez votre contrat de travail. La mention devient obligatoire au titre de l’article 37. Cherchez le mot « convention » dans les premières clauses, souvent près de la définition de votre poste et de votre rémunération.
  2. Regardez votre bulletin de paie. L’article 35 de la convention impose que les bulletins fassent apparaître « notamment les différents éléments de la rémunération, la catégorie professionnelle, la nature de l’emploi occupé ». Une catégorie du type E4, M1 ou C2 renvoie au classement de l’interprofessionnelle. Notre guide du bulletin de paie au Togo détaille ces mentions.
  3. Regardez l’affichage sur votre lieu de paie. Les taux minima de salaires doivent y figurer, et le défaut d’affichage constitue une infraction chiffrée : l’article 342 du Code du travail prévoit une amende de 100 000 à 500 000 FCFA, portée de 500 000 à 2 000 000 FCFA en cas de récidive. Notre article sur le salaire minimum et les risques pour l’employeur développe ce point.
  4. Demandez la convention par écrit. Un message simple suffit : « Merci de m’indiquer la convention collective applicable à mon contrat, conformément à l’article 37 du Code du travail. » Gardez une copie de votre demande et de la réponse.

Si vous n’obtenez pas de réponse : l’inspection du travail de votre ressort renseigne gratuitement. Demander quelle convention couvre les entreprises de votre secteur reste une question générale, qui ne désigne personne et ne suppose aucune plainte. Le greffe du tribunal du travail de Lomé conserve par ailleurs les conventions déposées.

Ce que la réponse change concrètement pour vous

Identifier votre texte ne relève pas de la théorie. Trois postes de votre paie en dépendent directement.

D’abord, le plancher de votre catégorie. La convention fixe des minima par catégorie et par échelon, et aucun employeur ne peut descendre sous le minimum de votre catégorie. Notre référence sur la grille salariale au Togo donne ce classement, et le SMIG constitue le plancher absolu.

Ensuite, la prime d’ancienneté. Elle se calcule sur le minimum de votre catégorie, et non sur votre salaire réel. Cette assiette produit une conséquence que peu de salariés connaissent : quand la grille monte, la prime monte pour tous les ayants droit, y compris ceux qui touchent déjà plus que le plancher.

Enfin, votre indemnité de licenciement, qui dépend de votre salaire et de votre ancienneté. Vous pouvez l’estimer avec notre calculateur d’indemnité de licenciement, et vérifier votre net avec notre calculateur de salaire net.

Si la comparaison révèle un écart, un délai vous protège. L’action en paiement des salaires se prescrit par cinq ans à compter de leur exigibilité. Notre guide payé sous sa catégorie professionnelle détaille la demande de reclassement et le rappel de salaire.

Du côté des employeurs, notre guide Grille CCIT 2026 : mettre votre entreprise en conformité décrit la démarche pas à pas.

Convention collective applicable au Togo : dossiers et textes conventionnels consultés avant une réclamation de salaire
Rassembler contrat et bulletins avant toute réclamation : ces deux pièces portent la réponse dans la plupart des cas.

FAQ : questions fréquentes sur la convention collective applicable

Mon employeur n’est membre d’aucun syndicat patronal. La convention s’applique-t-elle quand même ?

Oui. L’article premier de la convention lie tout employeur « appelé à exercer son activité au Togo », et l’article 138 du Code du travail impose ses dispositions dans toute entreprise comprise dans son champ d’application. L’adhésion à une organisation patronale ne conditionne rien.

Mon bulletin de paie cite encore la convention de 2011. Est-ce grave ?

Le millésime imprimé sur votre bulletin ne décide pas de votre droit. La convention de 2026 a remplacé celle de 2011 et s’applique de plein droit aux contrats en cours depuis le 20 mai 2026. Cependant, signalez la mention à votre service du personnel, car un bulletin doit refléter votre catégorie réelle.

Il existe une convention dans mon secteur. Laquelle s’applique ?

La convention sectorielle ne remplace l’interprofessionnelle que si elle avantage davantage les travailleurs. Ce critère figure à l’article 3-c et à l’article 33 de l’interprofessionnelle. Comparez donc les deux textes poste par poste, et non leur seul intitulé.

Je travaille dans un établissement public. Suis-je couvert ?

Cela dépend de votre statut. Si un statut légal ou réglementaire particulier régit votre personnel, ou si vous relevez des statuts de la fonction publique, le Code du travail ne s’applique pas, sauf dispositions contraires. Sinon, une convention collective peut vous couvrir, et une convention étendue par arrêté atteint les établissements publics placés dans son champ.

Où obtenir le texte complet de ma convention ?

Vous trouverez le texte de l’interprofessionnelle de 2026 en bas de cet article. Pour une convention sectorielle, adressez-vous au greffe du tribunal du travail qui l’a reçue en dépôt, à la Direction générale du travail, ou à votre organisation syndicale de branche.

Ce qu’il faut retenir

La convention collective applicable à votre emploi ne reste jamais sans réponse. Votre contrat doit la nommer, et son silence vous renvoie à l’interprofessionnelle. La convention lie votre employeur sans qu’il ait rien signé, une convention de secteur ne l’emporte que si elle vous avantage davantage, et refuser de vous indiquer le texte constitue une infraction.

Commencez donc par les deux documents que vous détenez déjà, votre contrat et votre bulletin de paie. Ils portent la réponse dans la grande majorité des cas. Si le doute persiste, une question écrite à votre employeur puis à l’inspection du travail suffit à le lever, gratuitement et sans mettre personne en cause.

Une précision sur nos sources : nous avons relu les citations de la convention de 2026 sur les pages du texte déposé au greffe du tribunal du travail de Lomé, et non sur une version retranscrite. Nous ne publions par ailleurs aucune liste des conventions sectorielles togolaises, ni aucune de leurs grilles, faute de détenir ces textes.

Sources

Ce que disent nos lecteurs

"Mon employeur m'a licencié sans préavis après 6 ans de service, en prétextant une faute grave que je n'avais pas commise. J'ai contacté Ophelia sur WhatsApp un soir, et dès le lendemain elle m'avait expliqué mes droits selon le Code du travail togolais. Grâce à LQDD, j'ai pu négocier une indemnisation sans même passer par le tribunal."

Kodjo, 34 ans, technicien en bâtiment à Lomé

"Je voulais changer le nom de famille de mes enfants après le décès de leur père. Je pensais que c'était impossible. LQDD m'a expliqué la procédure exacte et les conditions légales au Togo. En quelques semaines j'avais toutes les pièces à rassembler, j'aurais jamais su par où commencer sans eux."

Ayélé, 39 ans, infirmière à Kara

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