Céline, Lomé :
« Je me demandais si, au Togo, il était possible de changer de nom de famille ? De créer un nom de famille autre que celui de nos parents ou de notre époux ? »
Oui, c’est possible. Le Code des personnes et de la famille encadre le changement de nom au Togo, et votre réponse dépend d’une seule question : voulez-vous corriger une erreur, ou porter volontairement un autre patronyme ? Ces deux situations suivent des procédures distinctes, coûtent des sommes différentes et relèvent d’autorités différentes.
Beaucoup de dossiers échouent pour cette seule raison. En effet, une demande adressée à la mauvaise autorité revient sans examen. Nous détaillons ici les trois voies légales du changement de nom au Togo, ce que chacune exige, et comment reconnaître la vôtre.
Changement de nom au Togo : le principe que pose la loi
Le point de départ ne laisse aucune marge. Votre identité légale se limite à celle de votre acte de naissance.
Ce que dit la loi :
« Nul ne peut porter de nom patronymique ou matronymique ni prénoms autres que ceux exprimés dans son acte de naissance. »
Source : Article 11, Code des personnes et de la famille
Cette règle entraîne deux conséquences très concrètes. D’abord, le nom que votre entourage vous donne depuis vingt ans ne vaut rien juridiquement s’il ne figure pas sur votre acte. Ensuite, une décision étrangère ne produit aucun effet au Togo tant que personne n’a rectifié l’acte togolais.
Toutefois, la loi ouvre des portes précises. Elle confie chacune d’elles à une autorité différente.

Trois voies légales, selon ce que vous voulez corriger
Voici la distinction que presque tout le monde manque. Concrètement, l’objet de votre demande désigne à lui seul l’autorité compétente et le texte applicable.
| Ce que vous voulez | Autorité compétente | Texte applicable |
|---|---|---|
| Corriger une erreur matérielle sur l’acte (nom mal orthographié) | Président du tribunal du lieu où l’acte a été dressé | Code civil, articles 99 à 101 |
| Porter volontairement un autre nom de famille | Garde des sceaux, ministre de la Justice | Code des personnes, article 13 |
| Relever le nom d’une branche familiale éteinte | Officier de l’état civil, puis tribunal | Code des personnes, articles 8 à 10 |
| Modifier, ajouter ou retirer un prénom | Tribunal de votre domicile | Code des personnes, article 12 |
Voie 1 : corriger une erreur matérielle sur votre acte
Ce cas domine largement la pratique togolaise, et il coûte le moins cher. Votre nom est le bon, mais l’agent l’a mal écrit : une lettre manque, une syllabe a glissé lors de la déclaration de naissance. De plus, cette voie représente la majorité des demandes de changement de nom au Togo que l’on nous adresse.
Ici, vous ne changez pas de nom. Par conséquent, vous demandez la rectification d’un acte erroné, et le Code civil togolais commande cette voie.
Ce que dit la loi :
« La rectification des actes de l’état civil sera ordonnée par le président du tribunal de l’arrondissement dans lequel l’acte a été dressé, sauf appel. »
Source : Article 99, Code civil togolais
Trois points à retenir de l’article 99
D’abord, visez le bon tribunal : celui du lieu où l’agent a dressé l’acte, et non celui de votre domicile actuel. Ensuite, le procureur de la République intervient nécessairement au dossier, car la loi lui communique toute requête qui n’émane pas de lui. Enfin, le président garde la possibilité de renvoyer l’affaire devant le tribunal en formation collégiale.
Notez un détail que beaucoup ignorent. Notamment, l’article 100 empêche d’opposer la rectification aux personnes intéressées que personne n’a appelées à la procédure.
Ce que devient votre acte après la décision
La décision ne dort pas dans un tiroir : l’article 101 organise sa circulation. Le procureur la transmet immédiatement à l’officier de l’état civil du lieu où figure l’acte. Celui-ci transcrit le dispositif sur ses registres, puis porte une mention en marge de l’acte d’origine.
Voie 2 : porter volontairement un autre nom de famille
Votre acte ne comporte aucune erreur, mais vous voulez un autre nom. C’est exactement la question de Céline. Dès lors, la procédure change de nature : elle devient administrative avant de devenir judiciaire.
Ce que dit la loi :
« Le changement de nom patronymique ou matronymique ne peut être autorisé que par arrêté du Garde des sceaux, ministre de la justice. »
Source : Article 13, Code des personnes et de la famille
Les quatre étapes, dans cet ordre
L’article 13 déroule un parcours strict. Suivez-le pas à pas.
- Déposez votre demande auprès du Garde des sceaux, ministre de la Justice, avec vos justificatifs.
- Publiez la demande dans un journal d’annonces légales. Toute personne qui justifie d’un intérêt légitime peut alors s’opposer pendant trois mois, délai qui court à compter de cette publication.
- Recevez l’arrêté, que le Journal officiel publie. Vous devez ensuite le faire insérer dans le même journal d’annonces légales, à vos frais.
- Obtenez l’homologation du tribunal. Celui-ci vérifie que votre demande ne dissimule pas une identité, puis ordonne la rectification de vos actes d’état civil et, s’il y a lieu, du bulletin n° 1 de votre casier judiciaire.
Retenez surtout l’ordre des opérations. L’homologation judiciaire vient après l’arrêté ministériel, jamais avant. Par conséquent, le tribunal écartera un dossier que vous lui présenteriez directement, faute d’arrêté préalable.
Voie 3 : relever le nom d’une famille éteinte
Cette troisième voie reste méconnue, alors qu’elle rend service. Elle vous permet d’ajouter à votre nom celui d’une branche familiale qui s’est éteinte.
Ce que dit la loi :
« Au cas où le dernier représentant d’une famille, dans l’ordre de la descendance, est mort sans postérité, le droit de relever son nom en ajoutant au leur appartient à tous ceux qui […] peuvent se réclamer d’un auteur commun avec le défunt, ayant porté son nom. »
Source : Article 8, Code des personnes et de la famille
Deux conditions verrouillent ce droit. D’une part, le dernier porteur du nom doit mourir sans descendance. D’autre part, vous devez vous réclamer d’un ancêtre commun avec lui. Par conséquent, ce changement de nom au Togo suppose des preuves généalogiques solides.
Le délai commande tout le reste. Ainsi, l’article 9 vous impose une déclaration devant l’officier de l’état civil du domicile du défunt dans les cinq ans du décès. Un mineur dispose de cinq ans après sa majorité, si ses représentants légaux n’ont rien fait pendant sa minorité.
L’article 10 clôt le parcours. En effet, l’officier transmet la déclaration au tribunal, qui statue en chambre du conseil, prononce l’homologation et ordonne la rectification des actes, à la diligence du ministère public.
Pourquoi deux noms coexistent dans une même famille
La situation revient sans cesse au Togo, et elle obéit à des causes juridiques identifiables. Reconnaître la vôtre vous indique la voie à suivre.
La filiation, première cause
L’article 2 donne à l’enfant né dans le mariage le nom de son père. En revanche, l’article 3 donne à l’enfant né hors mariage le nom de celui de ses parents qui l’a reconnu. De ce fait, deux demi-frères portent parfois des noms différents sans que personne n’ait commis d’erreur.
La reconnaissance tardive produit le même écart. En effet, lorsque le père reconnaît l’enfant après la déclaration de naissance, l’acte garde le nom initial. Il faut alors une démarche pour aligner les deux.
L’adoption et l’absence de filiation
Selon l’article 4, l’adoption confère à l’adopté le nom de l’adoptant. Nos explications sur la procédure d’adoption au Togo développent ce point.
L’article 5 traite le cas de l’enfant dont aucune filiation n’est régulièrement établie. Concrètement, l’officier de l’état civil lui attribue lui-même ses nom et prénoms : il choisit deux prénoms en usage, dont l’un sert de nom de famille.
Le cas particulier de la femme mariée
La question de Céline visait aussi le nom de l’époux. Or la loi togolaise tranche nettement : le mariage ne vous fait pas perdre votre nom.
Ce que dit la loi :
« La femme mariée conserve son nom, mais elle acquiert dans le mariage et durant tout le temps qu’elle reste veuve, le droit d’user du nom de son mari. Elle peut adjoindre son nom de jeune fille à son nom d’épouse. »
Source : Article 7, Code des personnes et de la famille
La loi accorde donc un droit d’usage, et non un changement de nom. Par ailleurs, la femme séparée de corps garde cet usage, sauf si le juge décide autrement. La femme divorcée peut continuer à porter le nom de son mari avec le consentement de celui-ci, ou sur autorisation du juge. Nos articles sur le mariage, le divorce et le partage des biens précisent ces effets.
Les documents à réunir pour un changement de nom au Togo
La liste varie selon la voie que vous empruntez. Cependant, un socle commun revient dans tous les dossiers.
- Copie intégrale de votre acte de naissance, récente
- Acte de naissance du parent dont vous voulez porter le nom
- Actes de naissance de vos frères et sœurs qui portent le nom visé
- Pièce d’identité en cours de validité
- Justificatif de domicile ou certificat de résidence
- Acte de mariage des parents, le cas échéant
- Acte de reconnaissance ou jugement de filiation, si votre situation l’exige
- Requête motivée qui expose votre intérêt légitime
Pour la voie 3, ajoutez l’acte de décès du dernier porteur du nom. De plus, rassemblez les pièces qui établissent l’ancêtre commun et l’absence de descendance.
Vous ne savez pas laquelle des trois voies est la vôtre ?
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Combien de temps et combien coûte un changement de nom
Séparons ici ce que la loi fixe et ce que la pratique observe. Peu de sources prennent cette précaution, et cela induit les demandeurs en erreur.
Le seul délai légal du dossier reste le délai d’opposition de trois mois de l’article 13. Il ne concerne que la voie 2, celle du changement volontaire de patronyme.
| Voie | Délai qu’un texte fixe | Durée observée en pratique |
|---|---|---|
| Voie 1 : rectification d’erreur | Aucun délai légal | Quelques mois |
| Voie 2 : changement volontaire | 3 mois d’opposition (art. 13) | Nettement plus long : l’opposition ne forme qu’une étape |
| Voie 3 : relever un nom éteint | 5 ans pour déclarer (art. 9) | Variable selon les preuves de filiation |
Côté budget, prévoyez les copies d’actes, les frais de greffe, et la publication au journal d’annonces légales pour la voie 2. Par ailleurs, la loi n’exige pas d’avocat pour une requête en rectification. Toutefois, il devient très utile dès que quelqu’un conteste la filiation.
Comptez enfin le temps de mise à jour de vos autres papiers. Notamment, la carte d’identité, le passeport, les diplômes et les comptes bancaires suivent chacun leur propre démarche.
Vous vivez à l’étranger : ce qui change
Des Togolais de la diaspora nous écrivent régulièrement la même phrase : « j’ai changé de nom en France, au Canada ou en Allemagne, mais au Togo mes papiers portent toujours l’ancien. » Voici ce que le droit permet en matière de changement de nom au Togo depuis l’étranger, et ce sur quoi nous refusons de nous prononcer.
Une décision étrangère ne suffit pas
Le principe de l’article 11 ne souffre aucune exception. Votre nom légal au Togo demeure celui de votre acte de naissance togolais. Par conséquent, un jugement français ou une décision administrative canadienne engage le pays qui l’a rendue, mais il laisse l’acte togolais intact. Tant qu’aucune autorité togolaise n’a rectifié cet acte, l’officier de l’état civil continuera de délivrer des copies à l’ancien nom.
Quel tribunal saisir quand l’acte vient de l’étranger
Le Code civil prévoit ce cas de figure. Notamment, il désigne le tribunal compétent lorsque l’acte n’a pas été dressé au Togo.
Ce que dit la loi :
« La rectification des actes de l’état civil dressés au cours d’un voyage maritime, à l’étranger ou aux armées, sera demandée au président du tribunal dans le ressort duquel l’acte a été transcrit. »
Source : Article 99, alinéa 2, Code civil togolais
Retenez bien le critère : le lieu de la transcription commande, et non votre pays de résidence. Ainsi, lorsque votre naissance a été déclarée à l’étranger puis transcrite au Togo, vous saisissez le président du tribunal du ressort où figure cette transcription.
Trois limites que nous ne franchissons pas
- Le Code de procédure civile de 2021 n’organise aucun exequatur. Nous ne pouvons donc pas vous indiquer comment faire reconnaître au Togo un jugement étranger de changement de nom.
- La loi de 2009 sur l’organisation de l’état civil ne figure pas dans notre corpus vérifié. Nous ne citons jamais un texte que nous n’avons pas lu.
- Aucun texte que nous avons vérifié n’organise la mise à jour de la carte d’identité ou du passeport après la rectification.
Sur ces trois points, interrogez le consulat du Togo de votre pays de résidence.
Avez-vous perdu votre nationalité togolaise ?
C’est l’inquiétude qui revient le plus souvent, et la réponse rassure le plus souvent aussi. La naturalisation à l’étranger n’entraîne pas par elle-même la perte de la nationalité togolaise.
Ce que dit la loi :
« Perd la nationalité togolaise : 1° le togolais majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère ; toutefois la perte est subordonnée à l’autorisation accordée par le décret du gouvernement togolais. »
Source : Article 23, ordonnance du 11 septembre 1978 sur la nationalité togolaise
Tout tient dans un mot : « subordonnée ». En effet, la perte suppose une autorisation que seul un décret du gouvernement togolais accorde. Sans décret, vous restez togolais. Toutefois, si ce décret intervient un jour, l’article 25, 1° fait remonter l’effet à la date où vous avez acquis la nationalité étrangère, et non à la date du décret.
Le certificat de nationalité, votre meilleure protection
Si vous redoutez une contestation, ce document déplace votre position. Le ministre de la justice a seul qualité pour le délivrer (article 70), et il y indique la disposition qui vous rend togolais (article 71).
Son intérêt est procédural, et il pèse lourd. Notamment, l’article 62 renverse la charge de la preuve : celui qui conteste votre qualité de Togolais alors que vous détenez ce certificat doit lui-même prouver ce qu’il avance. Par ailleurs, l’article 72 vous donne un repère utile, car le silence du ministre pendant deux mois à compter de la demande vaut refus, ce qui ouvre votre recours.
FAQ : questions fréquentes sur le changement de nom au Togo
Peut-on changer de nom de famille au Togo ?
Oui. L’article 13 du Code des personnes et de la famille prévoit le changement volontaire de nom patronymique. Il exige un arrêté du Garde des sceaux, ministre de la Justice, une publication dans un journal d’annonces légales avec trois mois d’opposition, puis une homologation par le tribunal. Ce n’est donc pas une démarche de guichet.
Quelle différence entre rectifier son nom et changer de nom ?
Rectifier corrige une erreur matérielle : le nom voulu était le bon, l’agent l’a mal écrit. Cela relève du président du tribunal, sur le fondement des articles 99 à 101 du Code civil. Changer de nom remplace au contraire un nom exact par un autre, et cela relève du ministre de la Justice, sur le fondement de l’article 13.
Peut-on créer un nom de famille qui n’existe pas dans sa famille ?
La loi n’autorise pas l’invention libre d’un patronyme. L’article 13 soumet tout changement à l’appréciation du Garde des sceaux, et le tribunal vérifie ensuite que la demande ne dissimule pas une identité. Un nom sans rattachement familial ni motif légitime a donc peu de chances d’aboutir.
Mon acte de naissance sera-t-il réécrit après la décision ?
Non. L’article 101 du Code civil prévoit que l’officier de l’état civil transcrit le dispositif de la décision sur ses registres, puis porte une mention en marge de l’acte d’origine. L’acte initial subsiste donc, complété par cette mention. Demandez une nouvelle copie intégrale pour disposer d’un document à jour.
Mes enfants portent-ils automatiquement mon nouveau nom ?
Non, l’autorisation vise le demandeur. L’article 8 prévoit expressément le cas de celui qui agit aussi pour ses enfants nés ou à naître, mais uniquement dans la procédure de relèvement de nom. En dehors de cette hypothèse, l’extension aux enfants suppose une démarche propre, et un enfant majeur présente la sienne.
Ce qu’il faut retenir
- Votre nom légal est celui de votre acte de naissance, et de lui seul (article 11).
- Une erreur d’orthographe se corrige devant le président du tribunal du lieu où l’agent a dressé l’acte (Code civil, articles 99 à 101).
- Un changement volontaire de patronyme exige un arrêté du ministre de la Justice, trois mois d’opposition, puis une homologation (article 13).
- Un prénom se modifie, s’ajoute ou se retire devant le tribunal de votre domicile (article 12) : la procédure diffère totalement.
- Le mariage ne change pas votre nom : il ouvre un droit d’usage du nom de l’époux (article 7).
- Seul le délai de trois mois est légal. Les autres durées que vous lirez, ici comme ailleurs, restent des estimations de pratique.
Vous suivez cette démarche depuis l’étranger ? Nos explications sur la procuration au Togo depuis l’étranger montrent comment mandater un proche pour déposer et suivre votre dossier de changement de nom au Togo.
📚 Consulter les textes de loi cités (texte intégral et PDF officiel sur LQDD) :
Sources et références
- Code des personnes et de la famille du Togo (PDF) : articles 2 à 14 sur le nom et les prénoms
- Code civil togolais (PDF) : articles 99 à 101, rectification des actes de l’état civil
- Changement de prénom au Togo : ajout, retrait et procédure : la procédure de l’article 12, distincte du nom de famille
- Photographies : mairie de Dzrekpo (commune de Vo 3) et Tribunal de grande instance de Lomé, par Akouete, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
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