Akossiwa, 41 ans, couturière à Kara :

« Une cliente m’a réglé 60 uniformes avec un chèque de 350 000 FCFA. La banque me l’a rendu : « sans provision ». Est-ce que j’ai perdu mon argent ? »

Vous avez livré le travail, la cliente a signé un chèque, et la banque vous le rend avec un tampon « rejeté ». Pour une artisane ou une vendeuse, un tel rejet peut effacer un mois de revenus. Pourtant, vous pouvez récupérer l’argent d’un chèque sans provision au Togo.

En effet, la loi vous donne une voie rapide, que peu de gens connaissent. Au bout de 30 jours, la banque vous remet un certificat qui peut devenir un titre de saisie, sans passer par un procès. Voici, étape par étape, comment récupérer votre argent, et comment éviter le piège la prochaine fois.

Chèque sans provision au Togo : ce que la banque doit vous remettre

D’abord, une précision utile : aucune loi togolaise ne fixe les règles du chèque. On les trouve dans un règlement de l’UEMOA, qui s’applique directement au Togo comme dans les sept autres pays de l’Union.

Premier réflexe : présentez le chèque vite. La loi fixe un délai court.

Ce que dit la loi :
« Le chèque émis et payable dans un Etat membre de l’UEMOA doit être présenté au paiement dans le délai de huit (8) jours si le paiement doit s’effectuer au lieu d’émission, et, dans les autres cas, dans le délai de vingt (20) jours. »
Source : Article 81, Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA

Concrètement, un chèque signé à Kara sur une banque de Kara se présente en 8 jours. Les jours comptent à partir de la date écrite sur le chèque. Ensuite, si la banque refuse de payer, elle n’a pas le droit de vous renvoyer les mains vides.

Ce que dit la loi :
« Le banquier tiré qui a refusé le paiement d’un chèque pour défaut ou insuffisance de provision doit : – délivrer une attestation de rejet au bénéficiaire, précisant le motif du refus de paiement ; »
Source : Article 114, Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA

Autrement dit, exigez ce papier au guichet. Il prouve la date du rejet et son motif. Gardez-le avec le chèque original : ce sont vos deux pièces maîtresses.

Toucher une partie de la somme tout de suite

Le saviez-vous ? S’il y a un peu d’argent sur le compte, mais pas assez, vous avez le droit d’exiger ce qui s’y trouve. « Si la provision est inférieure au montant du chèque, le porteur a le droit d’exiger le paiement jusqu’à concurrence de la provision » (article 87 du règlement). Ainsi, sur 350 000 FCFA, Akossiwa peut repartir avec 200 000 FCFA s’ils sont disponibles, et réclamer le reste.

Chèque sans provision au Togo : une femme relit ses papiers, dont l'attestation de rejet à conserver

Les 30 jours de l’émetteur : pourquoi beaucoup paient à ce moment-là

Pendant que vous attendez, la banque met la pression sur la personne qui a signé. Elle lui envoie une lettre d’avertissement et lui interdit d’émettre d’autres chèques jusqu’à ce qu’elle régularise. De plus, elle inscrit l’incident au fichier de la BCEAO.

Cette personne dispose en général de 30 jours pour régulariser. Toutefois, ce délai disparaît si son compte a déjà connu un incident dans les trois mois précédents (article 114). Passé ce délai, la sanction tombe.

Ce que dit la loi :
Le banquier tiré doit, en l’absence de régularisation, « signifier au titulaire du compte qu’il lui est interdit, pendant une période de cinq (5) ans, d’émettre des chèques autres que ceux qui permettent exclusivement le retrait de fonds par le tireur auprès du tiré, ou ceux qui sont certifiés. »
Source : Article 115, Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA

Cinq ans sans chéquier, dans toutes les banques de l’UEMOA : un commerçant ou une entreprise redoute cette sanction. Voilà pourquoi beaucoup de mauvais payeurs reprennent contact pendant ces 30 jours. Deux voies s’offrent à eux : remettre de l’argent sur le compte, ou vous payer directement.

Attention au paiement de la main à la main. Si la cliente vous apporte l’argent en espèces, ne rendez le chèque qu’après avoir reçu la totalité. En effet, pour lever la sanction, elle doit prouver ce paiement à sa banque, en lui remettant le chèque acquitté ou une attestation de paiement légalisée (modèle de lettre de la BCEAO, Instruction n° 009/07/RSP/2010). Le chèque vaut donc de l’argent tant que vous n’êtes pas payée : ne le lâchez pas contre une promesse.

Le certificat de non-paiement : récupérer votre argent sans procès

Voici la voie que peu de gens connaissent. Si rien ne se passe en 30 jours, le chèque devient presque aussi fort qu’un jugement.

Ce que dit la loi :
« A défaut de paiement du chèque dans le délai de trente (30) jours à compter de la première présentation ou de la constitution de la provision dans le même délai, le tiré délivre un certificat de non-paiement au porteur du chèque […]. Cette délivrance sera faite, sans frais, par l’intermédiaire du banquier du porteur. La notification effective ou la signification du certificat de non paiement au tireur par ministère d’huissier vaut commandement de payer. »
Source : Article 123, Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA

Ensuite, le même article organise la suite. Si l’huissier ne reçoit pas la preuve du paiement dans les 10 jours, il constate le non-paiement. Puis il transmet son acte au greffier du tribunal, qui délivre « sans autre acte de procédure et sans frais, un titre exécutoire ». Ce titre permet la saisie.

Chèque sans provision au Togo : les étapes, du rejet à la saisie

Concrètement, la marche à suivre ressemble à ceci :

Étape Qui agit Délai
1. Présenter le chèque Vous 8 jours après la date du chèque (20 jours dans les autres cas)
2. Obtenir l’attestation de rejet La banque de l’émetteur Le jour du rejet
3. Attendre la régularisation L’émetteur 30 jours après la première présentation
4. Recevoir le certificat de non-paiement La banque, sans frais À l’issue des 30 jours
5. Faire signifier le certificat Un huissier Il vaut commandement de payer
6. Constat de non-paiement L’huissier 10 jours après la signification
7. Titre exécutoire Le greffier du tribunal, sans frais Saisie possible dans les 8 jours

Qui paie les frais d’huissier ?

Bonne nouvelle : la loi les met sur le dos du mauvais payeur. En effet, « tous les frais de saisie et d’exécution avancés par le porteur » ainsi que tous les frais causés par le rejet « sont à la charge du tireur » (article 123). Vous devez souvent les avancer, mais vous pouvez les récupérer sur lui.

Vous n’avez pas de compte bancaire ? Le règlement prévoit que le certificat passe par « le banquier du porteur ». Pourtant, le modèle officiel de la BCEAO vise aussi le chèque « présenté à nos guichets ». Si vous avez encaissé au guichet de la banque de l’émetteur, demandez-lui donc directement le certificat. Le texte ne détaille pas cette situation : en cas de refus, écrivez à l’agence et gardez une copie de votre lettre.

Porter plainte : quand l’émetteur savait que le compte était vide

Au Togo, le Code pénal punit aussi celui qui signe un chèque sans provision en connaissance de cause. Et la sanction pèse lourd.

Ce que dit la loi :
« Est puni d’une peine d’emprisonnement d’un (01) à trois (03) an(s) et d’une amende de cent mille (100.000) à deux millions cinq cent mille (2.500.000) francs CFA ou de l’une de ces deux peines : 1) le titulaire de compte ou le mandataire qui, en connaissance de cause, émet un chèque sans provision […]. »
Source : Article 1085, Code pénal togolais (2015)

Ainsi, l’émetteur risque jusqu’à 3 ans de prison. Si c’est un commerçant, l’amende peut monter à 3 000 000 FCFA. De plus, le tribunal doit lui interdire d’émettre des chèques pendant 1 à 5 ans (article 1087).

Vous pouvez donc déposer plainte au commissariat, à la gendarmerie ou directement auprès du procureur. Notre guide pour porter plainte au Togo détaille la démarche.

Soyons honnêtes : la plainte punit, elle ne paie pas. La prison de l’émetteur ne remet pas un franc dans votre poche. Il faut en outre prouver qu’il savait que le compte était vide, ce qui prend du temps. Par conséquent, la plainte sert surtout de levier. Pour être payée, préférez le certificat de non-paiement, la voie la plus directe. Rien ne vous empêche de mener les deux en même temps.

Un chèque vous est revenu impayé ?

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Les autres recours : injonction de payer, saisie et délai de 6 mois

Le certificat n’est pas la seule arme. Le droit OHADA, commun à 17 pays africains, prévoit aussi une procédure simple devant le juge : l’injonction de payer. Elle vise expressément le chèque impayé.

Ce que dit la loi :
« La procédure d’injonction de payer peut être introduite lorsque : […] 2) l’engagement résulte de l’émission, l’endossement, l’aval ou l’acceptation de tout effet de commerce ou de l’émission d’un chèque dont la provision s’est révélée inexistante ou insuffisante. »
Source : Article 2, Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution

Cette voie est utile si l’émetteur conteste, ou si le certificat tarde. Notre article sur le recouvrement de créances OHADA explique la requête pas à pas.

Bloquer les biens de l’émetteur avant qu’il les vide

Par ailleurs, vous craignez que l’émetteur mette ses biens à l’abri ? Le chèque impayé vous dispense même de demander l’autorisation du juge pour les bloquer.

Ce que dit la loi :
« Il en est de même en cas de défaut de paiement, dûment établi, d’une lettre de change acceptée, d’un billet à ordre, d’un chèque ou d’un loyer impayé après commandement […]. »
Source : Article 55, Acte uniforme OHADA portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution

En clair, avec l’attestation de rejet, un huissier peut pratiquer une saisie conservatoire sur les biens de l’émetteur, sans passer d’abord par le juge.

Ne laissez pas dormir le chèque. « Les actions en recours du porteur contre les endosseurs, le tireur et les autres obligés se prescrivent par six (6) mois à partir de l’expiration du délai de présentation » (article 109 du règlement). Au-delà, il vous reste une action plus difficile contre celui qui n’a pas fait provision. Agissez donc dans les semaines qui suivent le rejet.

Commerçante à son étal de marché avec sa balance : les réflexes avant d'accepter un chèque au Togo

Avant d’accepter un chèque : 6 réflexes qui évitent le piège

Mieux vaut prévenir. Voici les réflexes simples qui protègent un artisan ou une vendeuse.

  1. Demandez une pièce d’identité. La loi l’impose à celui qui paie : « Toute personne qui remet un chèque en paiement doit justifier de son identité au moyen d’un document officiel en cours de validité portant sa photographie » (article 61). Notez le nom, le numéro et un téléphone.
  2. Refusez le chèque « à garder jusqu’à la fin du mois ». Un chèque se paie à vue, et la date écrite dessus ne change rien (article 80). Surtout, accepter un chèque en sachant qu’il est vide est un délit pour vous aussi : le Code pénal punit « toute personne qui accepte, en connaissance de cause, un chèque sans provision » (article 1085, 6°).
  3. Pour une grosse somme, exigez un chèque certifié. La banque bloque alors l’argent à votre profit pendant le délai de présentation (article 78). Le client doit donner son accord écrit pour cette certification.
  4. Regardez les deux barres. Un chèque barré ne peut être payé qu’à une banque (article 91). Sans compte bancaire, vous ne pourrez pas l’encaisser. Demandez alors un autre moyen de paiement.
  5. Vérifiez la date, le montant en lettres et la signature. Un chèque mal rempli complique tous vos recours.
  6. Proposez le mobile money ou un acompte. Pour une commande importante, un acompte à la commande limite le risque. Nos conseils face à un client qui refuse de payer une commande vont dans le même sens.

Un modèle de lettre de mise en demeure

Avant le certificat, une lettre ferme suffit parfois à débloquer un chèque sans provision au Togo. Adaptez ce modèle :

Modèle de lettre de mise en demeure à adapter
Kara, le [date]
Madame, Monsieur [nom de l’émetteur],
Le [date], vous m’avez remis le chèque n° [numéro] de [montant] FCFA, tiré sur la banque [nom], en paiement de [objet de la commande]. Ce chèque a été rejeté le [date] pour défaut de provision, comme le prouve l’attestation de rejet de votre banque.
Je vous mets en demeure de me régler la somme de [montant] FCFA dans un délai de huit jours. À défaut, je demanderai le certificat de non-paiement prévu par l’article 123 du Règlement n° 15/2002/CM/UEMOA, et j’engagerai les poursuites prévues par la loi, à vos frais.
[Nom, signature, téléphone]

Envoyez cette lettre par porteur contre décharge, ou par un moyen qui laisse une trace datée. Un message écrit peut aussi servir de preuve : voyez notre article sur le contrat conclu par WhatsApp.

FAQ : questions fréquentes sur le chèque sans provision au Togo

Le client m’a donné un chèque daté du mois prochain, est-il valable ?

Oui, mais la date future ne vous protège pas. En effet, « le chèque présenté au paiement avant le jour indiqué comme date d’émission est payable le jour de la présentation » (article 80 du règlement). Si vous acceptez de l’encaisser plus tard en sachant le compte vide, vous prenez en outre un risque pénal (article 1085, 6°, du Code pénal).

Je n’ai pas de compte bancaire, puis-je encaisser un chèque ?

Oui, à condition que le chèque ne porte pas deux barres. Présentez-vous au guichet de la banque de l’émetteur avec une pièce d’identité avec photo (article 87). En revanche, la banque ne paie un chèque barré qu’à une autre banque (article 91).

L’émetteur a fait opposition au chèque, a-t-il le droit ?

Seulement dans des cas précis. La loi n’admet l’opposition « qu’en cas de perte, de vol, d’utilisation frauduleuse du chèque » ou de procédure collective contre le porteur (article 84). Une opposition pour ne pas payer est donc illégale. Vous pouvez demander au juge des référés d’en ordonner la mainlevée, et le Code pénal punit cette fausse opposition (article 1085, 5°).

Combien de temps faut-il pour récupérer l’argent ?

Comptez environ deux mois dans le meilleur des cas : 30 jours de régularisation, puis la signification, 10 jours d’attente, et enfin le titre exécutoire. Tout dépend ensuite des biens de l’émetteur. S’il n’a rien, le titre reste valable, mais la saisie devient difficile.

Faut-il un avocat ?

Pas pour la voie du certificat. La banque le délivre sans frais et le greffier délivre le titre exécutoire sans frais (article 123). Il vous faut surtout un huissier pour la signification et la saisie. Pour une injonction de payer contestée, un conseil devient utile.

Ce qu’il faut retenir

  • Présentez vite le chèque (8 jours) et exigez l’attestation de rejet d’un chèque sans provision au Togo : c’est votre première preuve.
  • Après 30 jours sans paiement, le certificat de non-paiement ouvre une voie vers la saisie, sans procès et aux frais de l’émetteur.
  • Refusez le chèque « à garder » : l’accepter en sachant qu’il est vide est un délit pour vous aussi.

Un chèque sans provision au Togo ne vous condamne donc pas à perdre votre argent. La loi vous protège, à condition d’agir dans les délais et de garder vos papiers. Vous avez un chèque impayé entre les mains ? Écrivez-nous sur WhatsApp, et lisez aussi notre guide sur la facture impayée.

Sources et références

Ce que disent nos lecteurs

"J'achetais un terrain à Lomé et le vendeur me pressait de signer sans titre foncier propre. L'article de LQDD sur le titre foncier m'a ouvert les yeux sur les risques réels, et j'ai pu poser les bonnes questions avant de signer. Ça m'a probablement évité une arnaque à plusieurs millions."

– Mensah, 47 ans, commerçant à Sokodé

"Je voulais changer le nom de famille de mes enfants après le décès de leur père. Je pensais que c'était impossible. LQDD m'a expliqué la procédure exacte et les conditions légales au Togo. En quelques semaines j'avais toutes les pièces à rassembler, j'aurais jamais su par où commencer sans eux."

– Ayélé, 39 ans, infirmière à Kara

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