Licencier un salarié au Togo : la procédure légale côté employeur
Licencier un salarié au Togo expose chaque employeur à un risque chiffré : une simple erreur de procédure peut coûter jusqu’à 24 mois de salaire brut en dommages et intérêts. En effet, le Code du travail de 2021 encadre strictement chaque étape de la rupture du contrat. Pourtant, beaucoup de dirigeants de PME togolaises improvisent encore un renvoi verbal, sans entretien ni lettre motivée.
Résultat : le tribunal du travail requalifie le licenciement en abusif et condamne l’entreprise à payer. Ce guide pratique détaille la procédure légale pour licencier un salarié au Togo sans vous exposer à un procès. Concrètement, vous y trouverez les motifs valables, l’entretien préalable, le préavis, les indemnités dues et les pièges qui transforment un licenciement régulier en faute coûteuse.
L’essentiel en 30 secondes
- Texte applicable : Code du travail 2021 (loi n°2021-012), articles 74 à 91
- 3 motifs valables : faute disciplinaire, insuffisance professionnelle, motif économique
- Étape clé : entretien préalable (convocation reçue 48 heures avant) puis lettre motivée
- Préavis minimum : 1 mois pour les employés, 3 mois pour les cadres
- Indemnité de licenciement : 35 à 45 % du salaire mensuel moyen par année d’ancienneté
- Risque en cas d’erreur : 3 à 24 mois de salaire brut pour licenciement abusif
Licencier un salarié au Togo : les 3 motifs reconnus par la loi
La loi togolaise ne laisse pas l’employeur libre de rompre un contrat à durée indéterminée comme il l’entend. En effet, l’article 75 du Code du travail liste les modes de rupture autorisés. Parmi eux, le licenciement repose toujours sur l’un des trois motifs reconnus.
Le premier motif est disciplinaire. Il sanctionne une faute du salarié. Le deuxième est l’insuffisance professionnelle, c’est-à-dire l’incapacité à exécuter le travail ou à atteindre des objectifs fixés à l’avance. Le troisième est le motif économique, lié à la situation de l’entreprise et non à la personne du salarié.
« Constitue un licenciement pour motif personnel, toute rupture du contrat à l’initiative de l’employeur, pour l’un des motifs suivants inhérents à la personne du travailleur : a) le licenciement disciplinaire ; b) le licenciement pour insuffisance professionnelle ; c) le licenciement pour absences prolongées ou répétées ; d) le licenciement pour inaptitude. »
Source : Article 77, Code du travail togolais 2021
Concrètement, vous devez rattacher tout licenciement à un motif précis et démontrable. De plus, ce motif doit être réel et sérieux. Un renvoi fondé sur une simple antipathie ou sur une rumeur ne tient pas devant le juge.
Ce que dit la loi vs la réalité : La loi exige un motif réel et sérieux. En pratique, de nombreux employeurs togolais licencient pour « incompatibilité d’humeur » ou « perte de confiance » sans preuve. Le tribunal du travail requalifie alors le renvoi en licenciement abusif. Notamment, conservez toujours les preuves écrites de la faute ou de l’insuffisance (avertissements, e-mails, rapports).
La procédure de licenciement pour motif personnel, étape par étape
La procédure protège le salarié, mais elle protège aussi l’employeur qui la respecte. En effet, un licenciement régulier sur la forme est beaucoup plus difficile à contester. Voici les étapes imposées par les articles 78 à 80 du Code du travail.

Étape 1 : la convocation à l’entretien préalable
Vous convoquez le salarié par lettre recommandée, par remise en main propre ou par tout autre moyen vérifiable. La convocation doit parvenir au moins 48 heures avant l’entretien. De plus, elle précise la date, l’heure, le lieu et les motifs envisagés.
Étape 2 : l’entretien préalable
Au cours de l’entretien, vous exposez les motifs et recueillez les explications du salarié. Celui-ci peut se faire assister par un collègue ou un membre de son syndicat. Ensuite, vous dressez un procès-verbal sur le champ et le faites signer par les parties.
« La convocation à l’entretien précise la date, l’heure, le lieu de l’entretien et les motifs susceptibles de justifier le licenciement, la possibilité pour le travailleur de se faire assister par une personne de son choix. »
Source : Article 78, Code du travail togolais 2021
Étape 3 : la lettre de licenciement
Si vous décidez de licencier, vous notifiez votre décision par lettre recommandée ou remise en main propre avec accusé de réception. Cette lettre indique expressément les motifs. Par ailleurs, elle part au plus tôt 24 heures et au plus tard 15 jours après l’entretien.
Ce que dit la loi vs la réalité : L’entretien préalable est obligatoire. En pratique, beaucoup de PME togolaises l’ignorent et envoient directement une lettre, voire renvoient à l’oral. Cette inobservation de la procédure entraîne le versement de dommages et intérêts pouvant atteindre 3 mois de salaire brut, même quand le motif de fond était valable.
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Préavis et indemnités : ce que l’employeur doit payer
Un licenciement régulier a un coût prévisible. En effet, deux sommes principales s’ajoutent au solde de tout compte : l’indemnité compensatrice de préavis et l’indemnité de licenciement. Anticiper ces montants évite les mauvaises surprises de trésorerie.
D’abord, le préavis. Sa durée minimale dépend de la catégorie du salarié, selon l’article 74 du Code du travail. Ensuite, l’indemnité de licenciement récompense l’ancienneté, selon l’article 22 de la Convention collective interprofessionnelle. Le tableau suivant résume les deux barèmes.
| Élément | Catégorie ou ancienneté | Montant légal |
|---|---|---|
| Préavis (Art. 74) | Travailleurs payés à l’heure | 15 jours |
| Ouvriers, employés et assimilés | 1 mois | |
| Agents de maîtrise, cadres et assimilés | 3 mois | |
| Indemnité de licenciement (Convention, Art. 22) | De la 1re à la 5e année | 35 % du salaire mensuel moyen par année |
| De la 6e à la 10e année | 40 % du salaire mensuel moyen par année | |
| Au-delà de la 10e année | 45 % du salaire mensuel moyen par année |
Le salarié ne perçoit l’indemnité de licenciement qu’à partir d’un an d’ancienneté. De plus, elle se calcule sur le salaire global mensuel moyen des douze derniers mois. Par conséquent, les primes et avantages comptent dans la base de calcul.
Vous pouvez dispenser le salarié d’exécuter son préavis. Toutefois, dans ce cas, vous lui versez une indemnité compensatrice équivalente à la rémunération de la période non travaillée. Cette règle découle des articles 82 et 83 du Code du travail.
Ce que dit la loi vs la réalité : L’indemnité se calcule sur le salaire global, primes comprises. En pratique, certains employeurs la calculent sur le seul salaire de base pour payer moins. Le salarié peut alors réclamer le complément devant le tribunal, avec intérêts. Ainsi, mieux vaut calculer juste dès le départ.
Faute grave ou faute lourde : licencier sans préavis ni indemnité
Dans certains cas, vous pouvez rompre le contrat sans préavis et sans indemnité de licenciement. Cependant, cette voie est strictement encadrée par l’article 77. Tout repose sur la qualification de la faute.
La faute simple est une violation des obligations professionnelles. Réelle et sérieuse, elle justifie un licenciement, mais le salarié conserve son préavis et son indemnité. La faute grave rend impossible le maintien du salarié, même pendant le préavis : elle prive donc de préavis et d’indemnité de licenciement. La faute lourde ajoute l’intention de nuire à l’employeur.
« La rupture du contrat peut intervenir sans préavis en cas de faute grave ou lourde sous réserve de l’appréciation par la juridiction compétente, de la gravité de la faute. »
Source : Article 82, Code du travail togolais 2021
En attendant l’issue de la procédure, vous pouvez prononcer une mise à pied conservatoire. Toutefois, celle-ci ne peut excéder un mois, selon l’article 80. Si le juge estime ensuite que la faute ne la justifiait pas, vous devez rémunérer les journées de mise à pied.
Ce que dit la loi vs la réalité : Le juge apprécie la faute grave, pas l’employeur. En pratique, beaucoup d’entreprises qualifient une faute de « grave » pour éviter de payer préavis et indemnité. Si le tribunal déqualifie la faute, l’employeur doit verser tout ce qu’il a refusé, plus des dommages et intérêts. Notamment, réservez la faute grave aux manquements vraiment sérieux et documentés.
Le licenciement économique : une procédure renforcée
Le licenciement pour motif économique ne tient pas à la personne du salarié. En effet, il résulte de difficultés économiques, de mutations technologiques ou d’une réorganisation, selon l’article 90. Sa procédure est plus lourde que celle du motif personnel.
D’abord, vous devez réunir les représentants des travailleurs pour rechercher des solutions alternatives. Ces solutions peuvent être la réduction du temps de travail, le travail par roulement ou le temps partiel. Cette obligation découle de l’article 91.
Ensuite, vous notifiez tout licenciement pour motif économique à l’inspecteur du travail et des lois sociales du ressort de l’entreprise. Par conséquent, vous ne pouvez pas le décider seul, dans le secret de votre bureau.
Ce que dit la loi vs la réalité : Le motif économique impose de consulter les représentants et d’informer l’inspection du travail. En pratique, certains employeurs déguisent un licenciement économique en faute personnelle pour contourner cette procédure. Le juge peut alors annuler le licenciement et imposer le paiement des salaires et des dommages. Ainsi, le bon motif protège l’entreprise.
Licencier un salarié au Togo sans risque : les erreurs qui coûtent cher
Le vrai danger pour l’employeur n’est pas de licencier, mais de licencier mal. En effet, l’article 84 fixe une fourchette sévère pour le licenciement abusif. Le juge accorde alors entre 3 et 24 mois de salaire brut au salarié.

« Le montant des dommages et intérêts alloués ne peut être inférieur à trois mois de salaire brut ni excéder vingt-quatre mois de salaire brut. »
Source : Article 84, Code du travail togolais 2021
Ces dommages et intérêts se cumulent. En effet, l’article 85 précise qu’ils ne se confondent ni avec l’indemnité de préavis, ni avec l’indemnité de licenciement. Par conséquent, un licenciement abusif peut coûter bien plus que le total des indemnités normales.
Quand le licenciement devient nul
La loi frappe même certains licenciements de nullité. Notamment, l’article 87 annule tout licenciement prononcé en violation des protections légales, comme celles de la salariée enceinte ou des délégués du personnel. Dans ce cas, le contrat se maintient et vous devez verser les salaires de la période couverte par la nullité.
Enfin, gardez en tête le délai de contestation. L’action portant sur la rupture du contrat se prescrit par cinq ans à compter de la notification, selon l’article 86. Ainsi, un dossier mal ficelé peut vous rattraper longtemps après le départ du salarié.
Ce que dit la loi vs la réalité : Licencier une femme enceinte ou un délégué du personnel sans autorisation rend le licenciement nul (article 87). En pratique, des employeurs le font par méconnaissance. Le salarié obtient sa réintégration et le rappel de tous ses salaires. Donc, vérifiez toujours le statut protégé avant d’engager la procédure.
Votre checklist conformité avant de licencier
- Identifier un motif réel, sérieux et documenté (faute, insuffisance ou économique)
- Vérifier que le salarié n’est pas dans une catégorie protégée (grossesse, délégué)
- Envoyer une convocation reçue 48 heures avant l’entretien
- Tenir l’entretien et signer un procès-verbal
- Notifier la lettre motivée entre 24 heures et 15 jours après l’entretien
- Calculer préavis et indemnité sur le salaire global, primes comprises
FAQ : questions fréquentes sur le licenciement au Togo
Combien coûte un licenciement abusif au Togo ?
Le tribunal du travail accorde au salarié entre 3 et 24 mois de salaire brut, selon l’article 84 du Code du travail. Ce montant tient compte de l’ancienneté, de l’âge et du préjudice subi. De plus, il s’ajoute aux indemnités de préavis et de licenciement.
L’entretien préalable est-il toujours obligatoire ?
Oui. L’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable au moins 48 heures à l’avance, selon l’article 78. Toutefois, si le salarié ne se présente pas sans motif valable, l’employeur peut poursuivre le licenciement sans nouvel entretien.
Quelle différence entre faute grave et faute lourde ?
La faute grave rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise. La faute lourde y ajoute l’intention de nuire à l’employeur. Dans les deux cas, le salarié perd son préavis et son indemnité de licenciement, mais la faute lourde ouvre en plus la voie à des poursuites.
Peut-on licencier une salariée enceinte au Togo ?
Non, sauf cas très limités prévus par la loi. Un licenciement prononcé en violation de la protection de la maternité est nul, selon l’article 87. La salariée conserve alors son emploi et perçoit les salaires dus pendant la période de nullité.
Dans quel délai un salarié peut-il contester son licenciement ?
Le salarié dispose de cinq ans à compter de la notification de la rupture, selon l’article 86. Par conséquent, un licenciement irrégulier reste contestable longtemps. Mieux vaut donc conserver tout le dossier pendant cette période.
Ce qu’il faut retenir
- Un motif solide : tout licenciement repose sur une faute, une insuffisance ou un motif économique réel et prouvé.
- Une procédure stricte : convocation 48 heures avant, entretien, puis lettre motivée sous 15 jours.
- Un coût maîtrisé : préavis, indemnité de licenciement et, en cas d’erreur, jusqu’à 24 mois de salaire pour abus.
Bien menée, la rupture du contrat protège autant l’entreprise que le salarié. Pour comprendre l’autre face de la procédure, lisez notre guide sur le licenciement abusif côté salarié et nos droits liés au renvoi sans préavis. Si vous recrutez, consultez aussi la procédure pour embaucher en CDI côté employeur et l’ensemble du droit du travail au Togo.
Sources juridiques et officielles
- Loi n°2021-012 portant Code du travail (Agence de promotion des investissements) : articles 74 à 91 sur la rupture du contrat et le licenciement
- Loi portant nouveau Code du travail (Assemblée nationale du Togo) : version adoptée du texte
- Convention collective interprofessionnelle du Togo : article 22 sur le barème de l’indemnité de licenciement
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