Afi, 24 ans, employée de maison à Lomé :
« Je travaille chez une famille depuis deux ans, payée 20 000 FCFA par mois, logée et nourrie. Hier, on m’a dit de partir, sans rien. Est-ce que j’ai des droits ? »
Si tu es employée de maison au Togo (bonne, aide-ménagère, nounou, cuisinière ou gardien de maison), tu as sûrement déjà entendu cette phrase : « tu n’es pas une vraie salariée, tu fais juste le ménage ». Pourtant, c’est faux. En effet, aux yeux de la loi togolaise, tu es une travailleuse comme une autre. Ainsi, tu as droit à un salaire minimum, à des congés, à une protection sociale et à des indemnités si on te renvoie.
En réalité, le vrai problème n’est pas la loi : c’est que presque personne ne l’applique. Voyons donc, point par point, ce que tu peux réclamer.
Une employée de maison, est-ce une vraie salariée ?
Oui, totalement. En effet, le Code du travail définit le « travailleur » de façon très large, et tu rentres dedans sans la moindre exception.
Est considérée comme travailleur au sens du présent Code, toute personne qui s’engage à mettre son activité professionnelle, moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne, physique ou morale, publique ou privée, appelée employeur. Pour la détermination de la qualité de travailleur, il n’est tenu compte ni du statut juridique de l’employeur, ni de celui du travailleur.
Source : Article 2, Code du travail 2021
Traduis ça simplement : tu travailles pour quelqu’un, tu reçois un salaire, tu suis ses consignes chez lui. Concrètement, le fait que ton employeur soit une famille (un particulier) et non une entreprise ne change rien du tout. D’ailleurs, la loi le dit noir sur blanc : peu importe « le statut juridique de l’employeur ». Donc tu es une salariée.
Le piège n°1 : « pas de loi spéciale » ne veut pas dire « pas de droits ». Beaucoup croient que, faute de texte réservé aux gens de maison, ce métier serait hors-la-loi. Pourtant, c’est l’inverse. En effet, la loi (article 3) écarte seulement les métiers qui ont un statut spécial, comme les fonctionnaires. Or aucun texte spécial ne vise les employées de maison : c’est donc le Code du travail général qui s’applique à toi, avec tous ses droits. En clair, l’absence de réglementation dédiée crée un vide de protection sur le terrain, pas un vide de droits.
Cette base change tout. D’ailleurs, pour comprendre l’ensemble de tes protections, lis aussi notre guide du droit du travail au Togo.

Ton salaire ne peut pas descendre sous 52 500 FCFA
Depuis le 1er janvier 2023, le salaire minimum (le SMIG) au Togo atteint 52 500 FCFA par mois pour 40 heures de travail par semaine. Or ce plancher s’impose à toutes les salariées. Une employée de maison ne fait donc pas exception.
Les salaires minima interprofessionnels garantis (SMIG) sont fixés par arrêté.
Source : Article 158, Code du travail 2021
Par conséquent, une paie de 15 000, 20 000 ou 30 000 FCFA par mois pour un travail à temps plein reste illégale. En effet, ton employeur te doit au moins 52 500 FCFA. Pour tout savoir sur ce plancher, vois notre dossier sur le SMIG au Togo et nos explications quand un patron paie moins que le minimum.
« Mais je suis logée et nourrie ! » C’est l’excuse la plus courante pour te payer une misère. Pourtant, le logement et la nourriture restent des avantages qui viennent en plus du salaire, pas à la place du salaire minimum. Ainsi, ton employeur ne peut pas transformer un repas et une chambre en prétexte pour te verser 20 000 FCFA en espèces. Bref, ton employeur te doit quand même le minimum légal en argent.
De plus, si tu travailles au-delà de 40 heures par semaine (ce qui arrive très souvent quand on dort sur place), ton employeur doit majorer ces heures supplémentaires de 20 % à 100 %.
Repos, congés payés et contrat : ce qu’on te doit aussi
Le salaire n’est qu’une partie de tes droits. En effet, la loi t’accorde aussi du repos et des vacances payées.
D’abord, un jour de repos par semaine. Tu ne dois pas travailler 7 jours sur 7.
Le repos hebdomadaire est obligatoire. Il est au minimum de vingt-quatre heures consécutives par semaine. Il a lieu en principe le dimanche.
Source : Article 198, Code du travail 2021
Ensuite, des congés payés. Chaque mois travaillé te donne droit à des vacances que ton employeur doit te payer.
Le travailleur acquiert droit au congé payé, à la charge de l’employeur, à raison de deux jours et demi par mois de service effectif.
Source : Article 200, Code du travail 2021
Concrètement, deux jours et demi par mois, cela fait 30 jours de congés payés par an. Autrement dit, un mois de vacances, payé, après une année complète.
Enfin, un contrat. Même sans papier signé, tu as un contrat. En effet, quand tu travailles régulièrement sans durée fixée, la loi considère que tu occupes un contrat à durée indéterminée (CDI). D’ailleurs, pour bien comprendre la différence, lis notre guide des types de contrat de travail au Togo.
« On n’a jamais rien signé. » Ce n’est pas un problème pour toi, mais pour ton employeur. En effet, l’absence de contrat écrit ne supprime aucun de tes droits. Au contraire : sans écrit qui prouve un CDD, la loi présume un CDI, donc une relation stable et plus sûre. Bref, le contrat verbal vaut contrat.

La CNSS : ton patron DOIT te déclarer
Voici le droit qu’on vole le plus souvent aux employées de maison : la protection sociale. En effet, ton employeur a l’obligation de te déclarer à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de payer des cotisations sur ton salaire. Cette obligation découle du Code de sécurité sociale (loi n° 2011-006).
Pourquoi est-ce capital ? Parce que cette déclaration t’ouvre de vrais droits :
- Accident du travail : si tu te blesses en travaillant (une chute, une brûlure en cuisine), la CNSS te prend en charge.
- Maternité : tu obtiens un congé et des prestations quand tu attends un enfant.
- Retraite : chaque mois cotisé compte pour ta pension plus tard.
La réalité : presque aucun employeur ne déclare son employée de maison à la CNSS. Résultat, après 10 ou 20 ans de service, beaucoup de femmes se retrouvent sans la moindre retraite. Pourtant, ce n’est pas normal, et cela constitue une faute de l’employeur. Donc tu peux exiger ta déclaration. D’ailleurs, nous expliquons comment réagir quand ton patron refuse de te déclarer à la CNSS.
Un doute sur ta situation ? Pose ta question à notre équipe juridique sur WhatsApp au +228 91 18 50 58. C’est gratuit et confidentiel.
S’il te renvoie : préavis, indemnités et licenciement abusif
Revenons au cas d’Afi : on l’a renvoyée « du jour au lendemain » après deux ans. Or c’est exactement ce que la loi interdit. En effet, on ne met pas fin à un CDI comme on claque une porte.
D’abord, le préavis. Ton employeur doit te prévenir à l’avance avant de te licencier. S’il te met dehors sans respecter ce délai, alors il te doit une indemnité compensatrice de préavis (l’équivalent du salaire que tu aurais touché pendant ce temps).
Ensuite, l’indemnité de licenciement. Après plusieurs années de service, un licenciement ouvre droit à une indemnité qui dépend de ton ancienneté. Pense aussi à ton solde de tout compte (salaires en retard, congés non pris).
Et si le renvoi est injuste ? Là, l’addition monte vite pour l’employeur. En effet, un licenciement sans motif valable devient « abusif ».
Tout licenciement abusif donne lieu à des dommages et intérêts. Le montant des dommages et intérêts alloués ne peut être inférieur à trois mois de salaire brut ni excéder vingt-quatre mois de salaire brut.
Source : Article 84, Code du travail 2021
Traduction : un renvoi abusif peut coûter à ton employeur de 3 à 24 mois de ton salaire, en plus du préavis et de l’indemnité de licenciement. De plus, ces sommes ne se confondent pas : elles s’additionnent. Pour le détail côté salarié, vois notre guide du licenciement abusif au Togo.
« C’est trop tard, je suis partie depuis longtemps. » Pas forcément. En effet, la loi te laisse cinq ans pour agir, à compter du jour où tu pouvais réclamer (article 86 du Code du travail). Ainsi, un salaire impayé ou une indemnité oubliée il y a deux ou trois ans peut encore se réclamer aujourd’hui.
Que faire concrètement si tes droits sont violés
Bonne nouvelle : tu peux te défendre. Voici donc un plan simple, étape par étape.
1. D’abord, rassemble tes preuves. Sans contrat écrit, tout devient une preuve : les transferts Flooz ou T-Money de ton salaire, les messages WhatsApp avec ton employeur, les photos, et surtout des témoins (voisins, autres employés, livreurs habituels). Note bien les dates, les montants et les horaires.
2. Ensuite, réclame par écrit. Envoie un message clair à ton employeur pour demander ton dû (salaire au SMIG, congés, préavis, déclaration CNSS). Surtout, garde une trace.
3. Puis saisis l’inspection du travail. C’est gratuit. En effet, l’inspecteur convoque ton employeur et tente une conciliation. D’ailleurs, beaucoup de dossiers se règlent à cette étape, car l’employeur sait qu’il est en faute.
4. Enfin, va au tribunal du travail. Si rien ne bouge, le tribunal du travail tranche les litiges entre salariés et employeurs. Par ailleurs, la procédure reste accessible. Pour un autre exemple concret, lis comment réagir face à un salaire de manœuvre impayé ou quand on est payé sous sa vraie catégorie.
La peur de tout perdre. Beaucoup d’employées de maison n’osent rien dire, par peur d’être renvoyées. C’est compréhensible. Pourtant, retiens ceci : si ton employeur te renvoie parce que tu as réclamé tes droits, ce renvoi devient lui-même abusif, et il s’ajoute à ce qu’on te doit déjà. En effet, la loi punit les représailles.
| Ton droit | Ce que dit la loi | Ce qui se passe souvent |
|---|---|---|
| Salaire | 52 500 FCFA minimum | 15 000 à 30 000 FCFA |
| Repos | 1 jour par semaine | 7 jours sur 7 |
| Congés | 30 jours payés par an | Aucun congé payé |
| CNSS | Déclaration obligatoire | Jamais déclarée |
| Renvoi | Préavis + indemnités | Mise dehors sans rien |
FAQ : questions fréquentes sur l’employée de maison au Togo
Mon employeur peut-il me payer moins de 52 500 FCFA parce qu’il me loge et me nourrit ?
Non. En effet, le logement et la nourriture restent des avantages en plus du salaire, pas un remplacement du salaire minimum. Ainsi, pour un travail à temps plein, le SMIG de 52 500 FCFA reste dû en argent. Te verser 20 000 FCFA en espèces reste donc illégal.
Je n’ai jamais signé de contrat. Ai-je quand même des droits ?
Oui, tous. En effet, le contrat verbal vaut contrat. Par conséquent, l’absence d’écrit ne supprime aucun droit ; au contraire, la loi présume alors un contrat à durée indéterminée (CDI), donc une relation stable et plus sûre.
Mon patron doit-il vraiment me déclarer à la CNSS ?
Oui. En effet, tout employeur, même un particulier, doit déclarer son employée de maison à la CNSS et cotiser. Ainsi, cette déclaration t’ouvre des droits en cas d’accident du travail, de maternité et pour ta retraite. Donc ne pas le faire constitue une faute.
On m’a renvoyée sans préavis après des années. Que puis-je réclamer ?
Tu peux réclamer l’indemnité compensatrice de préavis, l’indemnité de licenciement liée à ton ancienneté, ton solde de tout compte (salaires et congés dus) et, si le renvoi est abusif, des dommages et intérêts de 3 à 24 mois de salaire.
Comment prouver que je travaillais là sans contrat écrit ?
Par tout moyen. En effet, les transferts mobile money de ton salaire, les messages WhatsApp, des photos et surtout des témoins (voisins, autres employés) suffisent. D’ailleurs, l’inspection du travail et le tribunal acceptent ces preuves.
Ce qu’il faut retenir
- Tu es une vraie salariée : le Code du travail s’applique à toi, même sans loi spéciale et même payée par une famille.
- Tes droits minimum : 52 500 FCFA par mois, un jour de repos par semaine, 30 jours de congés payés par an et une déclaration à la CNSS.
- En cas de renvoi : préavis, indemnités et, si c’est injuste, jusqu’à 24 mois de salaire. De plus, tu as cinq ans pour agir.
En définitive, la loi est de ton côté, bien plus que tu ne le crois. Ton métier mérite le même respect que n’importe quel autre. Alors rassemble tes preuves, réclame, et fais-toi accompagner si besoin. Et toi, as-tu déjà vécu une situation pareille comme employée de maison au Togo ?
Sources officielles
- Code du travail 2021 (loi n° 2021-012) : définition du travailleur (Art. 2), champ d’application (Art. 1 et 3), SMIG (Art. 158), repos hebdomadaire (Art. 198), congés payés (Art. 200), licenciement abusif (Art. 84), prescription de cinq ans (Art. 86).
- Loi n° 2011-006 portant Code de sécurité sociale : obligation d’affiliation à la CNSS et prestations (accident du travail, maternité, retraite).
- VotreSalaire.org Togo : droits des travailleurs domestiques (contrat, salaire, CNSS).
- CNSS Togo : cotisations sociales et obligations de l’employeur.
- Agence Togolaise de Presse (ATOP) : l’absence de réglementation spécifique aux travailleuses domestiques.
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