Afi, 34 ans, revendeuse de tissus au grand marché de Lomé :

« J’ai reçu un SMS : « Vous avez reçu 75 000 FCFA ». Deux minutes après, un monsieur m’appelle en pleurs : il s’est trompé de numéro, c’était l’argent des médicaments de sa mère. Je lui ai renvoyé les 75 000 FCFA de ma poche. Le vrai dépôt n’est jamais arrivé. Puis-je récupérer mon argent ? »

Cette histoire, des milliers de Togolais la vivent chaque mois. En effet, l’arnaque mobile money touche aussi bien la vendeuse du marché que le zémidjan ou le fonctionnaire. Flooz, Mixx (ex-T-Money) : ces porte-monnaie électroniques rendent la vie plus simple, et les escrocs le savent parfaitement.

Bonne nouvelle : la loi togolaise punit sévèrement ces fraudeurs. Mauvaise nouvelle : récupérer son argent reste un vrai parcours du combattant. Voici donc ce que vous pouvez faire, concrètement, et surtout comment réagir vite.

Vous êtes victime d’un faux dépôt, d’un faux agent ou d’un piratage de compte : quels sont vos droits et pouvez-vous être remboursé ?

Les 4 arnaques mobile money les plus courantes au Togo

D’abord, apprenez à reconnaître le piège. Une arnaque mobile money prend presque toujours l’une de ces quatre formes.

1. Le faux dépôt (le piège d’Afi). Vous recevez un faux SMS qui imite une notification officielle : « Vous avez reçu 50 000 FCFA ». Ensuite, un inconnu appelle, paniqué, et vous supplie de lui « renvoyer » l’argent envoyé par erreur. En réalité, aucun dépôt n’est arrivé. Ainsi, vous payez de votre poche.

2. La fausse réidentification. Ici, un individu se fait passer pour un agent de Yas, Moov, Mixx ou Flooz. Sous prétexte de « mise à jour administrative », il vous demande de « réidentifier » votre numéro. Pendant l’appel, vous recevez un vrai code de validation par SMS. Dès lors, si vous le communiquez, l’escroc prend le contrôle de votre compte.

3. Le faux bonus. Cette fois, on vous appelle pour annoncer un bonus exceptionnel calculé sur votre solde. Il suffirait de « confirmer » avec votre code secret. En clair : on vous vide.

4. Le faux gain « miraculeux ». Enfin, des vidéos, parfois truquées (deepfake), promettent des transferts d’argent gratuits via des applications. Notamment, en avril 2026, le Ministère de la Communication a officiellement démenti l’une de ces vidéos et l’a qualifiée d’arnaque.

Le point commun de ces pièges ? Tous reposent sur un code secret, un OTP (code à usage unique) ou votre confiance. Or, aucun opérateur ne vous demandera jamais votre code par téléphone.

Arnaque mobile money : que dit la loi togolaise ?

Beaucoup de victimes croient qu’il s’agit d’une simple « embrouille » sans suite. Pourtant, chacune de ces arnaques constitue un délit que le Code pénal réprime durement.

Escroquerie ou abus de confiance : le fraudeur est un délinquant

D’abord, le faux agent, le faux dépôt et le faux gain relèvent de l’escroquerie.

« L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi à son préjudice […] à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque. »

Source : Article 448, Code pénal 2015

Concrètement, celui qui se fait passer pour un agent Flooz, ou qui met en scène un faux dépôt, commet une escroquerie. Et la sanction ne reste pas symbolique.

« Toute personne coupable d’escroquerie est punie d’une peine d’emprisonnement d’un (01) à trois (03) an(s) et d’une amende d’un million (1.000.000) à trois millions (3.000.000) de francs CFA. »

Source : Article 452, Code pénal 2015

Par ailleurs, l’agent mobile money qui encaisse votre argent puis le détourne commet un abus de confiance : il détourne des fonds qu’on lui a remis à charge de les rendre ou d’en faire un usage précis (Article 429). En conséquence, il risque la même peine : un à trois ans de prison et un à trois millions de FCFA d’amende (Article 432).

Quand le téléphone double la peine

Voici toutefois le point que les escrocs ignorent souvent. En effet, passer par un téléphone aggrave leur cas.

« Le fait d’utiliser les technologies de l’information et de la communication […] en vue de commettre des infractions de droit commun comme le vol, l’escroquerie, le recel, l’abus de confiance, constitue une circonstance aggravante […] les peines prévues dans le code pénal […] peuvent être portées au double […] il ne peut être prononcé le sursis à l’exécution. »

Source : Article 20, Loi n° 2018-026 sur la cybersécurité

Ce que cela veut dire pour vous : parce que l’arnaqueur passe par un téléphone et un paiement électronique, sa peine peut doubler et il ne peut plus échapper à la prison ferme par un simple sursis. Ainsi, une escroquerie mobile money peut mener jusqu’à six ans de prison.

Enfin, le pirate qui prend le contrôle de votre compte (via la fausse réidentification) tombe aussi sous le coup de l’accès frauduleux à un système informatique.

Est punie d’une peine d’emprisonnement de six (6) mois à deux (2) ans et d’une amende de cinq millions (5.000.000) à vingt millions (20.000.000) de francs CFA « toute personne qui, sans droit, accède ou tente d’accéder, se maintient ou tente de se maintenir dans tout ou partie d’un système informatique ».

Source : Article 8, Loi n° 2018-026 sur la cybersécurité

Vous venez d’être victime d’une arnaque ? Surtout, ne restez pas seul. Chaque heure compte pour bloquer les fonds. Lisez la suite pour savoir quoi faire dès maintenant.

Réagir dans l’heure : bloquer et signaler

Face à une fraude au mobile money, la vitesse fait tout. En effet, tant que personne n’a retiré l’argent en cash, une chance de le bloquer subsiste.

D’abord, contactez immédiatement votre opérateur. Appelez le service client de Yas (T-Money/Mixx) ou de Moov Africa (Flooz). Puis demandez le blocage du compte destinataire et, en cas d’erreur récente, un « rappel de fonds ». Toutefois, ce rappel ne fonctionne que si le bénéficiaire n’a pas encore retiré la somme.

Ensuite, changez vos codes. Si vous avez communiqué votre code secret ou un OTP, modifiez-le sur-le-champ. De plus, bloquez votre carte SIM auprès de l’opérateur en cas de doute.

Enfin, signalez la fraude à l’Agence Nationale de la Cybersécurité (ANCy). Cette agence recense ces arnaques et alerte le public. Par conséquent, votre signalement aide à identifier les réseaux et protège d’autres victimes.

Gardez tout. Ne supprimez rien : le faux SMS, le numéro de l’appelant, les captures d’écran, les reçus de transfert. En effet, ces éléments deviendront vos preuves devant la police et le juge.

Porter plainte : comment et contre qui

Beaucoup renoncent en se disant : « Je ne connais même pas l’arnaqueur. » Pourtant, c’est une erreur. En effet, vous pouvez porter plainte contre X, c’est-à-dire contre un auteur inconnu.

Rendez-vous au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie la plus proche. Vous pouvez également adresser votre plainte directement au procureur de la République du tribunal de votre ville. Notez-le : le dépôt de plainte reste gratuit.

Ensuite, apportez vos preuves : le faux SMS, le numéro utilisé, les captures d’écran de la conversation, le reçu du transfert et l’historique de votre compte mobile money. Plus votre dossier gagne en précision, plus l’enquête a de chances d’aboutir.

Pour la marche à suivre en détail, consultez notre guide : comment porter plainte au Togo. Par ailleurs, si l’arnaque s’est jouée entièrement en ligne, notre article sur la cybercriminalité au Togo détaille les infractions numériques.

Récupérer votre argent : ce qui est réaliste

Soyons honnêtes, car c’est la vraie question. La loi punit fort, mais en pratique, récupérer son argent reste difficile. Voici pourquoi.

Victime d'une arnaque mobile money comptant l'argent perdu au Togo
Une fois l’argent retiré en cash, le récupérer devient très difficile. Photo : Pexels.

Premier cas, l’argent dort encore sur le compte destinataire : le rappel de fonds par l’opérateur devient alors votre meilleure chance. Donc, agissez dans les minutes qui suivent.

Second cas, l’escroc a déjà retiré l’argent en cash : là, tout se complique. Généralement, les escrocs utilisent des numéros enregistrés sous de fausses identités, puis vident le compte aussitôt. Dès lors, l’auteur reste introuvable.

Attention, le piège du faux dépôt vous vise directement. Si vous « remboursez » un dépôt qui n’a jamais existé, vous perdez votre propre argent, pas celui de l’opérateur. C’est pourquoi il ne faut JAMAIS renvoyer d’argent avant d’avoir vérifié votre solde réel dans l’application ou sur un vrai relevé.

Malgré tout, une plainte garde son utilité : elle nourrit les enquêtes, et plusieurs plaintes contre le même numéro finissent par démasquer le réseau. Rappelons aussi que ces circuits d’argent frauduleux alimentent le blanchiment d’argent, que la loi togolaise combat activement.

Les 6 réflexes pour ne plus tomber dans le piège

La meilleure protection reste la prévention. Adoptez donc ces réflexes, puis partagez-les autour de vous.

  • Ne donnez jamais votre code secret ni un OTP. Aucun agent, aucun opérateur ne vous les réclamera par téléphone.
  • Vérifiez toujours votre solde réel dans l’application avant de rendre la monnaie ou de « rembourser » un dépôt. En effet, un SMS ne prouve aucun paiement.
  • Méfiez-vous de l’urgence. L’escroc vous presse et joue sur l’émotion : une mère malade, une erreur, un gain à saisir vite.
  • Réidentifiez votre numéro uniquement en agence officielle, jamais à la suite d’un appel entrant.
  • Un bonus ou un gain gratuit qui exige votre code cache toujours une arnaque.
  • Enregistrez le numéro court de votre service client pour bloquer un transfert en une minute.

Vous manipulez souvent des billets suspects en plus du mobile money ? Alors notre article sur le faux-monnayage au Togo complète utilement ces réflexes.

FAQ : questions fréquentes sur l’arnaque mobile money

Un vrai dépôt peut-il vraiment être « annulé » après coup par l’expéditeur ?

Non. Un transfert mobile money validé reste définitif. Seul l’opérateur peut lancer un « rappel de fonds », et uniquement si le bénéficiaire n’a pas encore retiré l’argent. Par conséquent, l’appel d’un inconnu qui vous demande de « renvoyer » un dépôt cache presque toujours une arnaque.

Puis-je porter plainte si je ne connais pas l’arnaqueur ?

Oui. Vous portez plainte « contre X », c’est-à-dire contre un auteur inconnu. Ensuite, la police ou la gendarmerie ouvre une enquête à partir du numéro et des preuves que vous fournissez. De plus, le dépôt de plainte reste gratuit.

L’opérateur (Flooz, Mixx) peut-il me rembourser ?

L’opérateur peut bloquer et rappeler des fonds seulement s’ils dorment encore sur le compte. En revanche, si vous avez vous-même envoyé l’argent (faux dépôt) ou communiqué votre code, l’opérateur ne vous doit rien : la tromperie que vous avez subie n’engage pas le service.

Que faire si j’ai déjà communiqué mon code ou mon OTP ?

Agissez vite. D’abord, changez votre code dans l’application. Ensuite, contactez votre opérateur pour sécuriser ou bloquer le compte, et faites opposition sur votre carte SIM si besoin. Enfin, signalez l’incident à l’ANCy et déposez plainte.

L’escroc risque-t-il vraiment la prison ?

Oui. La loi punit l’escroquerie d’un à trois ans de prison et jusqu’à trois millions de FCFA d’amende. Surtout, comme elle passe par un téléphone, la loi sur la cybersécurité double la peine possible et interdit le sursis : l’auteur peut donc écoper d’une prison ferme.

Ce qu’il faut retenir

  • L’arnaque mobile money reste un délit grave : escroquerie ou abus de confiance, jusqu’à six ans de prison quand elle passe par un téléphone (peine doublée, sursis interdit).
  • La vitesse devient votre meilleure arme : bloquez le compte et réclamez un rappel de fonds à votre opérateur avant tout retrait.
  • Portez plainte, même contre X, avec toutes vos preuves : la démarche reste gratuite et protège les prochaines victimes.

Vous n’êtes pas sans défense. La loi joue en votre faveur, à condition de réagir vite et de garder vos preuves. Néanmoins, le meilleur réflexe reste la prudence : un code secret ne se partage jamais.

Et vous, avez-vous déjà été visé par une tentative d’arnaque au mobile money ? Partagez votre expérience pour aider les autres.

Sources

Ce que disent nos lecteurs

"Mon mari est parti sans laisser d'adresse depuis plus de deux ans. Je ne savais pas si je pouvais demander le divorce, ni comment faire seule avec mes trois enfants. L'article sur l'abandon de foyer m'a tout expliqué clairement, et Ophelia m'a guidée étape par étape via WhatsApp. Je me suis sentie moins perdue, moins seule."

Akossiwa, 31 ans, couturière à Kpalimé

"J'achetais un terrain à Lomé et le vendeur me pressait de signer sans titre foncier propre. L'article de LQDD sur le titre foncier m'a ouvert les yeux sur les risques réels, et j'ai pu poser les bonnes questions avant de signer. Ça m'a probablement évité une arnaque à plusieurs millions."

Mensah, 47 ans, commerçant à Sokodé

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