Komlan, 34 ans, mécanicien à Lomé :

« Ça fait juste deux ans que je suis dans la maison et mon propriétaire veut déjà augmenter le loyer de plus de 50 %. Il n’a rien réparé, et il menace de me jeter dehors si je refuse. A-t-il vraiment le droit ? »

Vous venez de recevoir la nouvelle qui serre le ventre : votre loyer passe du simple au presque double, sans prévenir. Comme Komlan, des milliers de locataires togolais subissent une augmentation de loyer brutale, décidée par le propriétaire seul.

Ensuite, la menace tombe : « Si tu n’es pas d’accord, tu pars. » De quoi céder par peur de se retrouver à la rue avec sa famille.

Pourtant, au Togo, la loi encadre strictement ce qu’un propriétaire peut exiger. En effet, une augmentation de loyer de 50 % après seulement deux ans est presque toujours illégale. Voici exactement ce que dit la loi, et comment réagir sans paniquer.

Augmentation de loyer au Togo : la règle des 10 % tous les 3 ans

D’abord, commençons par la bonne nouvelle. Depuis 2022, un décret protège clairement les locataires. De fait, il fixe une limite que beaucoup de propriétaires ignorent, ou font semblant d’ignorer.

Ce que dit la loi :
« Le loyer est révisable tous les trois (3) ans dans une fourchette ne dépassant pas 10% du loyer en cours. »
Source : Article 10, Décret n°2022-001/PR du 5 janvier 2022

Concrètement, cette phrase pose deux barrières. D’abord, votre propriétaire ne peut toucher au loyer qu’une seule fois tous les trois ans. Ensuite, même à ce moment-là, la hausse ne peut pas dépasser 10 % du loyer actuel.

Prenons un exemple parlant. Ainsi, voici ce que la loi autorise sur un loyer de 50 000 FCFA, comparé à ce que réclame le propriétaire de Komlan.

  Loyer de départ Hausse réclamée (+50 %) Hausse maximale légale (+10 %)
Loyer mensuel 50 000 FCFA 75 000 FCFA 55 000 FCFA
Augmentation   +25 000 FCFA +5 000 FCFA au maximum
Délai à respecter   Après 2 ans Pas avant 3 ans

La différence saute aux yeux. En effet, là où le propriétaire veut imposer 25 000 FCFA de plus, la loi n’autorise au mieux que 5 000 FCFA, et seulement à partir de la troisième année.

Maison à étage en location à Lomé, soumise au plafond d'augmentation de loyer au Togo

+50 % après 2 ans : pourquoi c’est doublement hors-la-loi

En réalité, le cas de Komlan cumule deux infractions : une augmentation de loyer décidée trop tôt, et fixée trop haut.

Premier problème : le délai. Seulement deux ans se sont écoulés. Or la loi exige trois ans minimum entre deux révisions. Par conséquent, le propriétaire n’a même pas le droit de toucher au loyer pour l’instant.

Deuxième problème : le montant. Même si les trois ans étaient passés, +50 % resterait cinq fois supérieur au plafond de 10 %. Ainsi, la demande est abusive sur les deux plans.

Attention : « il n’a fait aucuns travaux » joue en réalité en votre faveur. En effet, la loi met les grosses réparations à la charge du propriétaire, jamais du locataire. Une augmentation de loyer ne se justifie donc pas par l’entretien du logement.

Ce que dit la loi :
« Le bailleur est tenu de procéder à toutes les grosses réparations devenues nécessaires et urgentes à ses frais dans les locaux donnés à bail. »
Source : Article 15, Décret n°2022-001/PR

Autrement dit, réparer une toiture ou la plomberie fait partie de ses obligations normales. De plus, il ne peut pas présenter ces travaux comme une « justification » pour gonfler le loyer hors des clous.

Votre propriétaire vous réclame une hausse abusive ?

Contactez-nous gratuitement :
WhatsApp : +228 91 18 50 58 |
Poser ma question

« Si tu refuses, je te mets dehors » : ce qu’il ne peut pas faire

Voilà le nerf de la guerre. La menace d’expulsion fait plier la plupart des locataires. Pourtant, votre propriétaire ne détient pas ce pouvoir.

En clair, refuser une augmentation de loyer illégale n’est pas une faute. Vous ne devenez pas un mauvais payeur parce que vous refusez de payer plus que la loi. Ainsi, vous continuez simplement à régler le loyer convenu au départ.

De plus, même face à un vrai impayé, un propriétaire ne peut pas vous expulser de sa propre autorité.

Ce que dit la loi :
« La résiliation du bail pour défaut de paiement de loyer ou des charges ou de l’inexécution d’une quelconque des obligations peut intervenir, soit par décision judiciaire pour les contrats sous seing privés, soit par la mise en jeu d’une clause de résiliation immédiate contenue dans le contrat notarié. »
Source : Article 23, Décret n°2022-001/PR

Concrètement, si votre bail est un simple contrat signé entre vous (sous seing privé), seul un juge peut prononcer votre expulsion. En aucun cas votre propriétaire, son neveu ou un « gros bras » envoyé pour vous faire peur.

De plus, pour mettre fin à un bail à durée indéterminée, la loi impose un préavis écrit.

Ce que dit la loi :
« Pour les contrats à durée indéterminée, le bailleur comme le preneur peuvent résilier le bail après avoir notifié un congé de deux (2) mois à l’autre partie. »
Source : Article 26, Décret n°2022-001/PR

Attention, voie de fait : changer la serrure, couper l’eau ou l’électricité, jeter vos affaires dehors : tout cela reste illégal, même si vous deviez de l’argent. Ces méthodes exposent le propriétaire à des poursuites. En cas de blocage, rendez-vous au commissariat et consultez notre guide sur l’expulsion d’un locataire au Togo.

Grand Lomé ou reste du pays : où la règle s’applique vraiment

Ici, soyons honnêtes avec vous, car beaucoup d’articles oublient ce détail capital.

Ce que dit la loi :
« Le présent décret s’applique dans une première phase dans le Grand Lomé. Un décret en conseil des ministres détermine les modalités de son application dans les autres villes du pays après une évaluation. »
Source : Article 33, Décret n°2022-001/PR

Ainsi, si vous louez dans le Grand Lomé (Lomé et les communes voisines), la règle des 10 % tous les 3 ans s’applique pleinement. La loi vous protège donc pleinement.

En revanche, si vous habitez à Kara, Sokodé, Kpalimé ou ailleurs, la situation reste plus floue. En effet, le décret n’y est pas encore officiellement étendu, plus de quatre ans après sa signature. Dans ce cas, c’est votre contrat et le Code civil qui prennent le relais.

Bon à savoir : même hors du Grand Lomé, votre contrat reste roi. En effet, l’article 1134 du Code civil rappelle que « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites ». Ainsi, si votre bail ne prévoit aucune clause d’augmentation, le propriétaire ne peut pas en inventer une du jour au lendemain.

Par conséquent, partout au Togo, un propriétaire ne peut pas modifier seul un contrat déjà signé. Le loyer reste celui que vous avez accepté, sauf accord écrit des deux parties.

Maison résidentielle en location à Lomé, soumise au plafond d'augmentation de loyer au Togo

Augmentation de loyer abusive au Togo : 5 étapes pour vous défendre

Désormais, vous connaissez vos droits. Passons à l’action, étape par étape.

Conseil pratique : ne cessez jamais de payer votre loyer actuel. En effet, c’est votre meilleure protection. Tant que vous réglez le montant convenu, contre reçu, personne ne peut vous traiter de mauvais payeur.

1. Continuez à payer le loyer d’origine, contre quittance. En effet, la loi vous y autorise (article 19 du décret). Ce reçu prouve que vous restez à jour.

2. Relisez votre contrat de bail. Notamment, vérifiez la date de signature, le montant de départ et toute clause de révision. Pas de contrat écrit ? Notre guide sur le contrat de bail au Togo vous explique comment régulariser votre situation.

3. Répondez par écrit, calmement. Ainsi, envoyez un message (lettre, SMS ou WhatsApp que vous conservez) rappelant l’article 10 du décret : 10 % maximum, tous les 3 ans. Souvent, un propriétaire mal informé recule devant un locataire qui connaît la loi.

4. Cherchez d’abord une médiation. En pratique, le chef de quartier, la mairie ou l’agence immobilière peuvent jouer les arbitres. De plus, beaucoup de litiges se règlent à ce stade, sans passer par le tribunal.

5. Saisissez le juge si nécessaire. Enfin, en dernier recours, le tribunal de votre commune tranche. Une augmentation de loyer décidée hors des règles ne vous est pas opposable : le juge peut l’annuler et vous maintenir dans les lieux.

Les pièges et abus de loyer les plus courants au Togo

Connaître la loi, c’est bien. Toutefois, repérer les abus qui passent « comme une lettre à la poste », c’est encore mieux. Voici les écarts les plus fréquents entre la loi et la réalité du terrain.

Le bail verbal : la loi exige un bail écrit (article 10). Pourtant, beaucoup louent sur une simple parole. Résultat : aucune preuve du loyer de départ le jour du conflit. Exigez donc toujours un écrit, même bref.
La caution gonflée : la loi plafonne la caution et la garantie à 3 mois de loyer chacune (articles 4 et 8). Cependant, certains réclament 6 mois, voire un an. Or la loi sanctionne tout dépassement par une amende égale au double de la somme réclamée en trop (article 32).
L’absence de quittance : sans reçu, vous ne pouvez pas prouver vos paiements. Pourtant, la loi vous donne droit à une quittance (article 19). N’acceptez donc jamais un paiement « sur confiance », sans aucune trace écrite.
La hausse déguisée en « nouveaux frais » : certains propriétaires ajoutent des « charges » floues pour contourner le plafond. En réalité, le propriétaire doit justifier ces frais et les inscrire au contrat. Dans le doute, réclamez le détail par écrit.

Ce qu’il faut retenir

  • Le plafond : dans le Grand Lomé, un loyer ne peut grimper que de 10 % maximum, et seulement tous les 3 ans (article 10 du décret 2022-001).
  • L’expulsion : votre propriétaire ne peut pas vous mettre dehors lui-même. Seul un juge le peut, et un préavis écrit de 2 mois reste obligatoire.
  • Votre arme : continuez à payer le loyer convenu contre quittance, répondez par écrit, puis saisissez la justice si la pression continue.

En définitive, une augmentation de loyer brutale n’est pas une fatalité. En effet, la loi togolaise est clairement de votre côté, surtout dans le Grand Lomé. Un propriétaire qui menace compte souvent sur votre ignorance : ne lui offrez surtout pas ce plaisir.

Vous vivez une situation proche de celle de Komlan ? Lisez aussi notre guide sur vos droits face à une expulsion, et n’hésitez pas à nous poser votre question.

Et vous, votre propriétaire a-t-il déjà tenté d’augmenter votre loyer sans prévenir ? Partagez votre expérience en commentaire.

FAQ : questions fréquentes sur l’augmentation de loyer

Mon propriétaire peut-il augmenter mon loyer chaque année au Togo ?

Non. Dans le Grand Lomé, le décret de 2022 autorise une révision du loyer seulement tous les 3 ans. Une augmentation annuelle est donc contraire à la loi.

De combien un propriétaire peut-il augmenter le loyer au maximum ?

La hausse ne peut pas dépasser 10 % du loyer en cours (article 10 du décret 2022-001). Une augmentation de loyer de 50 % est donc cinq fois supérieure au plafond légal.

Peut-il m’expulser si je refuse l’augmentation de loyer ?

Non, pas de lui-même. Refuser une hausse illégale n’est pas une faute. Seul un juge peut ordonner une expulsion, et tout congé exige un préavis écrit de 2 mois (articles 23 et 26 du décret).

La règle des 10 % s’applique-t-elle en dehors de Lomé ?

Pas encore officiellement. Le décret vise d’abord le Grand Lomé (article 33). Ailleurs, c’est votre contrat et le Code civil qui s’appliquent : le propriétaire ne peut pas modifier seul un bail déjà signé.

Que faire si mon propriétaire a déjà imposé une augmentation de loyer illégale ?

Continuez à payer le loyer d’origine contre quittance, contestez par écrit en citant l’article 10, tentez une médiation (mairie, chef de quartier), puis saisissez le tribunal. Une hausse hors la loi peut être annulée par le juge.

Sources et références

Ce que disent nos lecteurs

"Mon employeur m'a licencié sans préavis après 6 ans de service, en prétextant une faute grave que je n'avais pas commise. J'ai contacté Ophelia sur WhatsApp un soir, et dès le lendemain elle m'avait expliqué mes droits selon le Code du travail togolais. Grâce à LQDD, j'ai pu négocier une indemnisation sans même passer par le tribunal."

Kodjo, 34 ans, technicien en bâtiment à Lomé

"J'achetais un terrain à Lomé et le vendeur me pressait de signer sans titre foncier propre. L'article de LQDD sur le titre foncier m'a ouvert les yeux sur les risques réels, et j'ai pu poser les bonnes questions avant de signer. Ça m'a probablement évité une arnaque à plusieurs millions."

Mensah, 47 ans, commerçant à Sokodé

Besoin d'un conseil juridique ?

Nos juristes specialises en droit togolais vous repondent gratuitement.

Avertissement juridique

Les informations publiées sur ce site sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas un avis juridique personnalisé ni une consultation professionnelle. Les textes de loi cités sont susceptibles d'évoluer. Pour toute situation particulière, nous vous recommandons de consulter un professionnel du droit ou de nous contacter sur WhatsApp pour un accompagnement adapté.