L’extradition Damiba Togo a secoué le monde juridique ouest-africain. Le 17 janvier 2026, le Togo a remis Paul-Henri Sandaogo Damiba au Burkina Faso. Cet ancien chef de la transition vivait en exil à Lomé depuis 2022. En effet, cette remise en cinq jours pose une question grave : peut-on extrader un réfugié politique aussi vite ?
Cet article analyse le cadre juridique de cette affaire. De plus, il examine les textes de loi togolais, la procédure suivie et les critiques des juristes. Enfin, il évalue les risques pour le droit d’asile en Afrique.
L’extradition Damiba Togo : les faits en 5 jours
L’affaire s’est jouée très vite. Voici les dates clés :
| Date | Événement |
|---|---|
| 12 janvier 2026 | Le Burkina Faso envoie sa demande au Togo |
| 16 janvier 2026 | Arrestation de Damiba à Lomé |
| 16-17 janvier 2026 | Audience à la Cour d’appel de Lomé |
| 17 janvier 2026 | Remise de Damiba au Burkina Faso |
Le Burkina Faso accuse Damiba de cinq infractions : détournement de fonds publics, enrichissement illicite, corruption, recel aggravé et blanchiment. Notamment, Damiba vivait au Togo depuis le coup d’État du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022.

Le cadre juridique de l’extradition Damiba au Togo
La Constitution togolaise pose deux règles claires sur l’extradition. Tout d’abord, l’article 23 protège les étrangers.
Ce que dit la loi :
« Un étranger ne peut être expulsé ni extradé du territoire togolais qu’en vertu d’une décision conforme à la loi. Il doit avoir la possibilité de faire valoir sa défense devant l’autorité judiciaire compétente. »
Source : Article 23, Constitution togolaise
Par ailleurs, l’article 24 interdit toute extradition de citoyen togolais. Damiba, de nationalité burkinabè, ne bénéficie pas de cette protection. Cependant, il reste protégé par l’article 23 et le droit à la défense.
Le principe de non-refoulement
Le Code pénal togolais ajoute une protection clé. L’article 208 interdit tout renvoi vers un État pratiquant la torture.
Ce que dit la loi :
« Nul n’est expulsé, refoulé ou extradé vers un État où il y a des motifs sérieux de croire qu’il est soumis à des actes de torture, aux autres traitements inhumains et dégradants. »
Source : Article 208, Code pénal togolais de 2015
Ce principe figure aussi dans la Convention de Genève de 1951. Il apparaît également dans la Convention de l’OUA de 1969 sur les réfugiés en Afrique. Concrètement, aucun État ne peut renvoyer une personne là où sa vie serait menacée.
Les conventions régionales
En outre, le Togo a signé plusieurs textes qui encadrent l’extradition :
- Convention CEDEAO sur l’extradition (1994) : elle fixe les règles entre États membres
- Convention OUA sur les réfugiés (1969) : elle renforce le non-refoulement
- Charte africaine des droits de l’homme : elle garantit le droit d’asile (article 12)
Notamment, la Cour de justice de la CEDEAO impose le respect du non-refoulement. Elle exige aussi un procès équitable lors des transferts entre États.
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La procédure suivie dans l’extradition Damiba au Togo
Le gouvernement togolais a invoqué la coopération judiciaire pour justifier sa décision. Concrètement, la Cour d’appel de Lomé a rendu un avis favorable.
Les arguments de la Cour d’appel
Selon le communiqué officiel, la Cour a fondé son avis sur trois éléments :
- La réciprocité : le Burkina s’engage à traiter de même les demandes togolaises
- Les conventions : le Togo et le Burkina partagent les mêmes textes régionaux
- Les garanties : le Burkina promet un procès équitable et l’absence de peine de mort
Cette procédure respecte l’article 23 de la Constitution. En effet, Damiba a comparu devant la Cour d’appel de Lomé. Par conséquent, son droit à la défense a formellement été respecté.
La rapidité contestée
Cependant, de nombreux juristes contestent cette rapidité. Cinq jours entre la demande et la remise : c’est très peu. Le juriste Madi Djabakaté doute du caractère réellement contradictoire de la procédure. En effet, un tel délai laisse peu de temps pour préparer une défense solide.

Droit d’asile contre coopération : le débat autour de l’extradition Damiba Togo
L’affaire oppose deux principes du droit. D’un côté, le droit d’asile protège les réfugiés. De l’autre, la coopération judiciaire permet de poursuivre les criminels.
Les critiques : le droit d’asile est menacé
L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) dénonce une violation du non-refoulement. Selon ce parti d’opposition togolais, aucun réfugié politique n’est désormais en sécurité au Togo.
De même, Madi Djabakaté estime que le Togo a créé un précédent dangereux. Il affirme que cette décision fragilise le droit d’asile sur tout le continent africain. En somme, les critiques voient dans cette affaire un recul grave des droits fondamentaux.
La défense du gouvernement togolais
En revanche, le gouvernement met en avant la nature des charges. Selon Lomé, la corruption et le détournement relèvent du droit commun. Par conséquent, ces infractions ne bénéficient pas de la protection réservée aux infractions politiques.
De plus, le Burkina a garanti un procès équitable et l’absence de peine de mort. Ces garanties remplissent les conditions des conventions régionales. Toutefois, les critiques répondent que la frontière entre infraction politique et droit commun reste floue.
Quelles conséquences pour le droit d’asile en Afrique ?
L’extradition Damiba Togo pourrait changer la donne pour les réfugiés politiques en Afrique de l’Ouest.
Un précédent pour les anciens dirigeants en exil
Plusieurs anciens chefs d’État africains vivent en exil chez des voisins. L’affaire Damiba montre qu’un rapport de force peut basculer. En effet, un pays d’accueil peut céder aux pressions et extrader un ancien allié. Par conséquent, la protection offerte par l’exil apparaît plus fragile.
Le Togo comme terre d’asile remis en question
Historiquement, le Togo accueille des exilés politiques de la sous-région. Cette tradition risque de souffrir. En effet, les personnes menacées pourraient hésiter à chercher refuge au Togo. Elles pourraient craindre une extradition rapide vers leur pays d’origine.
Pour en savoir plus sur les droits en cas d’arrestation au Togo, consultez notre guide. De plus, la question touche au système judiciaire togolais et à ses réformes. Enfin, cette affaire rappelle les enjeux de la condamnation du Togo par la CEDEAO en matière de droits humains.
FAQ : questions fréquentes sur l’extradition Damiba au Togo
Pourquoi le Togo a-t-il extradé Damiba au Burkina Faso ?
Le Togo a répondu à une demande du Burkina Faso. Les charges portent sur la corruption, le détournement de fonds et le blanchiment. La Cour d’appel de Lomé a donné un avis favorable après avoir obtenu des garanties sur le procès équitable.
L’extradition Damiba Togo viole-t-elle le droit d’asile ?
Les juristes sont divisés. Les critiques dénoncent une violation du non-refoulement. Le gouvernement togolais estime que les charges relèvent du droit commun (corruption), pas d’infractions politiques. Ce débat reste ouvert.
Quels textes encadrent l’extradition au Togo ?
Trois textes principaux encadrent l’extradition. L’article 23 de la Constitution exige une décision conforme à la loi. L’article 208 du Code pénal interdit le renvoi vers un État pratiquant la torture. Enfin, la Convention CEDEAO de 1994 fixe les règles entre pays membres.
Sources et références
- Constitution togolaise consolidée : articles 23 et 24 (extradition et expulsion)
- Code pénal togolais de 2015 : article 208 (non-refoulement) et article 907 (infractions sujettes à extradition)
- Icilome : l’extradition de Damiba au Burkina Faso (janvier 2026)
- Icilome : le Togo face aux pressions et au droit d’asile (février 2026)
- Icilome / Madi Djabakaté : analyse sur le droit d’asile en Afrique
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