Constitution Togo 5e République : bilan 2 ans après
La Loi n° 2024-005 du 6 mai 2024 a donné au Togo sa Constitution Togo 5e République. Deux ans plus tard, cette réforme change en profondeur les institutions du pays.
En effet, le régime présidentiel cède la place au régime parlementaire. Ainsi, le Parlement devient bicaméral. De plus, le Président du Conseil dirige désormais l’exécutif. Quels changements concrets pour les citoyens ? Ce bilan fait le point.
En bref : La Constitution Togo 5e République (Loi n° 2024-005 du 06/05/2024) remplace celle du 14 octobre 1992. Elle instaure un régime parlementaire. Elle crée un Sénat. Enfin, elle confie le pouvoir exécutif au Président du Conseil.
La Constitution Togo 5e République en bref : dates et chiffres clés
L’Assemblée nationale adopte ce texte le 19 avril 2024. Ensuite, le Président Faure Gnassingbé promulgue la Loi n° 2024-005 le 6 mai 2024. Le Journal officiel n° 42 Bis (69e année) du même jour publie le texte intégral. Ainsi, cette Constitution remplace celle du 14 octobre 1992.
Voici les chiffres clés de cette réforme :
- 150 articles répartis en 15 titres (contre 160 pour la Constitution de 1992)
- 2 chambres parlementaires : Assemblée nationale et Sénat
- 9 membres à la Cour constitutionnelle (inchangé)
- 4 ans : durée du mandat présidentiel (contre 5 ans sous la 4e République)
- 1 fois : renouvellement possible du mandat présidentiel
Par ailleurs, le préambule de la Constitution Togo 5e République conserve les engagements internationaux du pays. Il cite la Charte des Nations Unies. Il renvoie aussi à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Enfin, il mentionne la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

« La République togolaise est un Etat de droit, laïc, démocratique et social, ancré dans la promotion de la justice sociale, du progrès et de l’inclusion de tous ses citoyens. »
Source : Article premier de la Constitution togolaise du 6 mai 2024
Du régime présidentiel au régime parlementaire : ce qui bascule
Le changement le plus structurant de la Constitution Togo 5e République concerne le basculement de régime. Sous la 4e République, le Président de la République détenait tout le pouvoir exécutif. Désormais, le Président du Conseil dirige le gouvernement. Ainsi, le Président de la République conserve un rôle symbolique.
Concrètement, l’article 35 supprime l’élection au suffrage universel direct. En effet, le Parlement en Congrès élit désormais le Président au scrutin secret. La majorité absolue est requise. Cette réforme marque une rupture nette.
De plus, l’article 37 réduit le mandat présidentiel à quatre ans. Il est renouvelable une seule fois. Notamment, l’article 36 exige que le candidat ait au moins 50 ans. Il doit aussi être togolais de naissance et résider au Togo depuis 12 mois.
Pour mieux comprendre ce basculement, lisez notre analyse dédiée à la différence entre régime présidentiel et régime parlementaire.
| Aspect | 4e République (1992) | 5e République (2024) |
|---|---|---|
| Régime | Présidentiel | Parlementaire |
| Élection du Président | Suffrage universel direct | Par le Parlement en Congrès |
| Mandat présidentiel | 5 ans, renouvelable | 4 ans, renouvelable 1 fois |
| Chef du gouvernement | Premier ministre (nommé) | Président du Conseil |
| Parlement | Monocaméral (Assemblée) | Bicaméral (Assemblée + Sénat) |
| Juridiction suprême judiciaire | Cour Suprême | Cour de cassation |
| Juridiction suprême administrative | Cour Suprême | Conseil d’État |
Les nouvelles institutions de la Constitution Togo 5e République
La Constitution Togo 5e République crée ou transforme plusieurs institutions majeures. Trois changements méritent une attention particulière : le Sénat, le Président du Conseil et la séparation des juridictions suprêmes.
Le Sénat : la chambre haute du Parlement
D’abord, l’article 10 institue un Sénat. Les collectivités territoriales élisent les deux tiers (2/3) de ses membres au suffrage indirect. Le Président de la République nomme le tiers restant. Les premières élections sénatoriales ont eu lieu le 15 février 2025. En effet, elles ont permis d’élire 41 sénateurs, tandis que 20 autres ont rejoint la chambre par décret présidentiel.
Par ailleurs, l’article 11 précise que chaque sénateur représente la nation entière, et non sa seule collectivité d’origine. Le Sénat partage la fonction législative avec l’Assemblée nationale (article 16). Toutefois, des règles précises donnent le dernier mot à l’Assemblée en cas de désaccord.
Le Président du Conseil : le vrai chef de l’exécutif
Ensuite, l’article 47 crée une fonction nouvelle : celle de Président du Conseil. Le chef du parti majoritaire devient Président du Conseil après les législatives. De même, le chef du premier parti d’une coalition majoritaire peut accéder à ce poste. Cette fonction n’a pas de durée fixe.
En effet, l’article 50 confère au Président du Conseil des attributions considérables :
- Il préside les conseils des ministres
- Il commande les armées
- Il détermine et conduit la politique de la nation
- Il exécute les lois et exerce le pouvoir réglementaire
- Il nomme aux emplois civils et militaires
- Il accorde la grâce individuelle
Par conséquent, le Président du Conseil concentre l’essentiel du pouvoir exécutif. Faure Gnassingbé a prêté serment comme Président du Conseil le 3 mai 2025. Cette prestation a suivi les élections législatives d’avril 2024.

La refonte des juridictions suprêmes
Enfin, l’article 57 organise la justice en deux ordres séparés : l’ordre judiciaire et l’ordre administratif. Cette séparation s’inspire du modèle français. Elle remplace la Cour Suprême unique de la 4e République. De plus, l’article 58 désigne la Cour de cassation comme juridiction suprême de l’ordre judiciaire, et le Conseil d’État comme juridiction suprême de l’ordre administratif.
Pour approfondir cette réforme judiciaire, consultez notre analyse de la réforme du système judiciaire togolais.
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Impact sur vos droits de citoyen : ce qui reste, ce qui bouge
La Constitution Togo 5e République consacre la continuité des droits fondamentaux. Son préambule renvoie explicitement à la Déclaration solennelle des droits et devoirs annexée à la Constitution. Ainsi, vous conservez la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à la vie privée et l’égalité devant la loi.
De plus, l’article 2 affirme l’égalité entre tous les citoyens. Cela exclut toute distinction d’origine, de race, d’ethnie, de sexe, de handicap, de statut social ou de religion. Cette formulation élargit la protection aux personnes handicapées. Il s’agit d’une avancée notable par rapport à la Constitution de 1992.
Cependant, certains équilibres bougent :
- Droit de vote présidentiel : vous n’élisez plus directement le chef de l’État. Vos représentants au Parlement le choisissent désormais.
- Responsabilité politique : vous contrôlez indirectement le Président du Conseil via les élections législatives. En effet, l’article 54 permet une motion de défiance votée à la majorité des trois quarts (3/4) des députés.
- Protection du citoyen : la Constitution maintient le Protecteur du citoyen et la Commission Nationale des Droits de l’Homme comme institutions constitutionnelles.
En pratique, votre quotidien juridique change peu. En effet, les codes civil, pénal, du travail et de la famille restent en vigueur. De plus, les procédures devant les tribunaux de première instance, les cours d’appel et les tribunaux spécialisés demeurent identiques. Seules les voies de recours suprêmes s’adaptent à la nouvelle architecture judiciaire.
Bilan 2 ans : mise en œuvre, critiques et controverses
Deux ans après sa promulgation, la Constitution Togo 5e République affiche un bilan contrasté. Plusieurs aspects méritent d’être soulignés.
Ce qui a été fait
Les institutions prévues par le texte se mettent en place peu à peu. D’abord, les législatives d’avril 2024 ont désigné la première Assemblée de la 5e République. Ensuite, les élections sénatoriales de février 2025 ont complété le Parlement bicaméral.
Enfin, le 3 mai 2025, Faure Gnassingbé a prêté serment comme Président du Conseil. Le Congrès a investi Jean-Lucien Savi de Tové comme Président de la République le 6 mai 2025.
Par ailleurs, plusieurs lois organiques prévues par la Constitution sortent des ateliers législatifs. Cela concerne notamment le statut des anciens Présidents (article 39), le statut des membres du gouvernement (article 46) et l’organisation des nouvelles juridictions suprêmes (article 58).

Les critiques de l’opposition et de la société civile
La Constitution Togo 5e République suscite de fortes critiques dès son adoption. En effet, l’opposition politique et plusieurs organisations de la société civile dénoncent un « coup d’État constitutionnel ». Leurs griefs portent notamment sur :
- La suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct
- L’absence de référendum populaire avant l’adoption du texte
- L’absence de limitation claire du nombre de mandats pour le Président du Conseil
- L’architecture institutionnelle qui permettrait le maintien au pouvoir de Faure Gnassingbé au-delà des limites de la Constitution de 1992
Par ailleurs, la CEDEAO et plusieurs partenaires internationaux ont exprimé des préoccupations. Pour un contexte plus large, consultez notre article sur la condamnation du Togo par la CEDEAO en 2025.
Débat démocratique toujours vif. Deux ans après la promulgation, la légitimité de la Constitution Togo 5e République continue d’alimenter les débats juridiques et politiques. Cependant, la Cour constitutionnelle a confirmé la validité de la procédure d’adoption malgré plusieurs recours.
Perspectives 2026 et au-delà : les prochaines échéances
Les prochaines années décideront du sort de la Constitution Togo 5e République. En effet, plusieurs échéances structurantes arrivent.
D’abord, les élections locales prévues en 2027 testeront la capacité du régime à organiser des scrutins pluralistes. Ensuite, la mise en œuvre complète du Conseil d’État comme juridiction administrative suprême reste à parachever. Notamment, une loi organique doit fixer sa composition, son fonctionnement et sa procédure.
Par ailleurs, plusieurs questions restent ouvertes :
- Le statut précis du Protecteur du citoyen et la nomination effective de son titulaire
- L’adaptation des codes (travail, pénal, famille) aux nouvelles références institutionnelles
- La jurisprudence de la Cour constitutionnelle sur les recours en inconstitutionnalité
- L’articulation entre droit togolais et droit communautaire UEMOA/CEDEAO
Enfin, la jurisprudence future de la Cour de cassation et du Conseil d’État façonnera concrètement l’application de la Constitution. Ainsi, les premières décisions emblématiques sortiront dans les 18 prochains mois.
Ce qu’il faut retenir. La Constitution Togo 5e République transforme en profondeur l’architecture institutionnelle togolaise. Elle instaure un régime parlementaire, un Parlement bicaméral et une justice réorganisée en deux ordres. Cependant, sa consolidation démocratique reste à construire.
FAQ : questions fréquentes sur la Constitution Togo 5e République
Quand la Constitution Togo 5e République est-elle entrée en vigueur ?
Le Président a promulgué la Loi n° 2024-005 le 6 mai 2024. Le Journal officiel n° 42 Bis du même jour a publié le texte intégral. Conformément à son article 33, les lois entrent en vigueur dès leur promulgation. Ainsi, la Constitution s’applique depuis le 6 mai 2024.
Qui détient aujourd’hui le vrai pouvoir exécutif au Togo ?
Le Président du Conseil détient désormais le pouvoir exécutif. En effet, l’article 50 lui confie la détermination et la conduite de la politique nationale. Il exécute également les lois, commande les forces armées et nomme aux emplois civils et militaires. Le Président de la République garde un rôle essentiellement symbolique (article 40).
Comment est élu le Président du Conseil ?
Le Président du Conseil n’est pas élu au suffrage direct. Selon l’article 47, le chef du parti majoritaire à l’Assemblée nationale devient automatiquement Président du Conseil après les élections législatives. De même, le chef du premier parti d’une coalition majoritaire peut accéder à cette fonction. Il prête ensuite serment devant la Cour constitutionnelle.
Mes droits fondamentaux de citoyen ont-ils changé ?
Les droits fondamentaux restent garantis par la Constitution Togo 5e République. En effet, la liberté d’expression, l’égalité, la vie privée et la propriété continuent de protéger les citoyens. De plus, l’article 2 élargit la protection aux personnes handicapées. Cependant, vous n’élisez plus directement le Président de la République. Vous contrôlez désormais l’exécutif via vos députés.
Que sont devenues les institutions de la 4e République ?
La Constitution Togo 5e République a réorganisé plusieurs institutions. Ainsi, la Cour de cassation et le Conseil d’État remplacent la Cour Suprême unique. De plus, le Président du Conseil succède au Premier ministre. Par ailleurs, le Parlement devient bicaméral avec la création du Sénat. Enfin, le Conseil supérieur de la magistrature, la Cour constitutionnelle et la Commission Nationale des Droits de l’Homme demeurent avec des compositions adaptées.
Conclusion : une Constitution en rodage
Deux ans après sa promulgation, la Constitution Togo 5e République pose les fondations d’un nouveau régime politique. En effet, le basculement vers un régime parlementaire est effectif. De plus, les institutions tournent et les premiers responsables ont prêté serment. Toutefois, la consolidation démocratique du texte dépendra largement de la pratique institutionnelle, de la jurisprudence de la Cour constitutionnelle et du respect effectif des contre-pouvoirs.
En attendant, les citoyens togolais continuent de vivre sous un cadre juridique stable pour l’essentiel de leur quotidien. En effet, les codes civil, pénal, du travail et de la famille restent inchangés. Pour toute question sur l’impact pratique de ces réformes, n’hésitez pas à consulter un juriste ou à nous contacter sur WhatsApp.
Enfin, pour approfondir votre compréhension du cadre constitutionnel togolais, lisez également notre article sur la cinquième République au Togo et la nouvelle constitution publié au moment de la réforme.
Sources
- Loi n° 2024-005 du 6 mai 2024 portant Constitution de la République Togolaise : texte intégral publié au Journal officiel n° 42 Bis (69e année) du 6 mai 2024
- Constitution du 14 octobre 1992 révisée (texte consolidé) : Constitution de la 4e République, remplacée par celle de 2024
- Actualités institutionnelles de la République togolaise : suivi officiel de la mise en œuvre de la Ve République
- Analyse LQDD : la Cinquième République au Togo : article de référence publié en mars 2024
- Analyse LQDD : régime présidentiel vs régime parlementaire : fiche pédagogique pour comprendre le basculement institutionnel
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