Chaque jour au Togo, des milliers de personnes reçoivent des messages frauduleux sur WhatsApp, découvrent de faux profils Facebook à leur nom ou subissent des menaces en ligne. En effet, la cybercriminalité au Togo connaît une expansion rapide. Pourtant, beaucoup ignorent que la loi togolaise prévoit des sanctions sévères contre ces comportements. Depuis 2018, le pays dispose d’un arsenal juridique complet pour lutter contre les infractions numériques.

Dans cet article, nous vous expliquons les principales infractions liées à la cybercriminalité, les peines encourues et la procédure pour porter plainte. Que vous soyez victime d’arnaque en ligne, de piratage de compte ou de harcèlement sur les réseaux sociaux, voici vos droits et vos recours.

Le cadre juridique de la cybercriminalité au Togo

Le Togo a adopté le 7 décembre 2018 la loi n°2018-026 sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité. Ce texte constitue la pierre angulaire du dispositif togolais contre les infractions numériques. De plus, le législateur l’a modifié en juin 2022 pour renforcer les institutions.

Concrètement, ce cadre juridique repose sur quatre textes complémentaires :

  • Loi n°2018-026 sur la cybersécurité et la lutte contre la cybercriminalité (texte principal)
  • Loi de 2022 modifiant la loi de 2018 (création de l’ANCy)
  • Code pénal de 2015 (infractions classiques applicables en ligne)
  • Loi n°2019-014 sur la protection des données personnelles (IPDCP)
Bon à savoir : L’Agence nationale de la cybersécurité (ANCy), créée par la loi de 2022, est l’autorité nationale chargée de la sécurité des infrastructures numériques. Elle coordonne la lutte contre la cybercriminalité et sensibilise le public.

Par ailleurs, en mars 2026, la Clinique d’Expertise Judiciaire (CEJUS) a organisé un forum national sur les droits numériques et la cybersécurité. Cet événement confirme l’attention croissante des autorités togolaises face à la montée des cybermenaces.

Les infractions informatiques : piratage, virus et intrusion

La loi de 2018 distingue plusieurs catégories d’infractions. Notamment, les plus graves concernent les atteintes aux systèmes informatiques.

Accès frauduleux à un système informatique (art. 8)

Toute personne qui accède ou tente d’accéder sans autorisation à un système informatique commet une infraction. Concrètement, cette qualification couvre le piratage de compte Facebook, Gmail ou WhatsApp.

Ce que dit la loi :
Est punie d’une peine d’emprisonnement de six (6) mois à deux (2) ans et d’une amende de 5 000 000 à 20 000 000 FCFA, toute personne qui, sans droit, accède ou tente d’accéder à tout ou partie d’un système informatique.
– Article 8, Loi n°2018-026

En langage simple : si quelqu’un pirate votre compte Facebook, il risque jusqu’à 2 ans de prison et 20 millions FCFA d’amende. De surcroît, si le piratage cause des dommages graves au système, le juge double la peine.

Attention : Lorsque l’auteur commet l’infraction contre l’État togolais, la loi porte les peines à 5 ans d’emprisonnement et une amende de 15 à 60 millions FCFA (art. 8, al. 3).

Entrave au fonctionnement d’un système (art. 9)

Envoyer un virus, saturer un serveur (attaque DDoS) ou bloquer un site internet constitue une entrave au fonctionnement d’un système informatique. En conséquence, la loi prévoit une peine plus lourde : 3 à 5 ans d’emprisonnement et 25 à 100 millions FCFA d’amende.

Atteinte aux données informatisées (art. 10)

Supprimer, modifier ou voler des données informatiques expose l’auteur à 3 à 5 ans de prison et 25 à 100 millions FCFA d’amende. De même, intercepter frauduleusement des données lors de leur transmission entraîne les mêmes peines.

En outre, lorsque ces infractions visent l’État, l’auteur encourt 20 à 30 ans de réclusion criminelle et 50 à 150 millions FCFA d’amende.

Infraction Article Prison Amende (FCFA)
Accès frauduleux Art. 8 6 mois – 2 ans 5M – 20M
Accès frauduleux (dommages graves) Art. 8 al. 2 1 – 4 ans 10M – 40M
Entrave système Art. 9 3 – 5 ans 25M – 100M
Atteinte aux données Art. 10 3 – 5 ans 25M – 100M
Atteinte aux données (vs État) Art. 10 al. 3 20 – 30 ans réclusion 50M – 150M
Disposition matériel de hacking Art. 34 1 – 5 ans 5M – 50M

Cybercriminalité au Togo : escroquerie en ligne et arnaque WhatsApp

L’escroquerie en ligne représente l’infraction la plus courante au Togo. En effet, messages frauduleux sur WhatsApp, faux transferts Mobile Money et « broutage » (arnaque sentimentale en ligne) se multiplient. La loi sanctionne sévèrement ces comportements.

L’escroquerie classique aggravée par les TIC

Le code pénal de 2015 (art. 448) définit l’escroquerie comme le fait de tromper une personne par l’usage d’un faux nom, d’une fausse qualité ou de manœuvres frauduleuses pour obtenir des fonds, des valeurs ou un service.

Ce que dit la loi :
Toute personne coupable d’escroquerie est punie d’une peine d’emprisonnement d’un (1) à trois (3) ans et d’une amende de 1 000 000 à 3 000 000 FCFA.
– Article 452, Code pénal 2015

La loi de 2018 ajoute une circonstance aggravante décisive :

Ce que dit la loi :
Le fait d’utiliser les technologies de l’information et de la communication en vue de commettre des infractions de droit commun comme le vol, l’escroquerie, le recel, l’abus de confiance, constitue une circonstance aggravante.
– Article 20, Loi n°2018-026

En langage simple : si quelqu’un vous arnaque sur WhatsApp ou par SMS, la loi double les peines du code pénal. Autrement dit, l’escroc risque jusqu’à 6 ans de prison et 6 millions FCFA d’amende.

Conseil pratique : Si vous recevez un message suspect sur WhatsApp vous demandant de l’argent ou un code OTP, ne répondez pas. Avant tout, faites une capture d’écran. Ensuite, signalez-le au commissariat le plus proche.

Vol d’information et de données (art. 19)

Par ailleurs, la loi assimile la soustraction frauduleuse d’information ou de données au vol classique. Le juge applique les peines du code pénal. Cela couvre notamment le vol de mots de passe, de listes de contacts ou de données personnelles.

Menaces, injures et harcèlement en ligne

Vous recevez des menaces de mort sur Facebook ? Quelqu’un publie des insultes à votre encontre sur les réseaux sociaux ? Heureusement, plusieurs textes de loi vous protègent.

Menaces en ligne (code pénal, art. 246)

Le code pénal sanctionne les menaces en ligne exactement comme celles proférées en personne :

  • Menace de mort : 3 à 5 ans de prison et 100 000 à 500 000 FCFA d’amende (art. 246 §1)
  • Menace sous condition : 1 à 3 ans de prison et 100 000 à 500 000 FCFA d’amende (art. 246 §2)

De plus, la loi de 2018 prévoit des sanctions spécifiques pour les menaces à caractère raciste ou xénophobe commises via un système informatique : 6 mois à 2 ans et 100 000 à 500 000 FCFA. En cas de menace de mort, la peine monte à 3 à 5 ans (art. 16).

Diffamation et injures en ligne

Le code pénal sanctionne également la diffamation et l’atteinte à l’honneur :

  • Diffamation publique : 1 à 6 mois avec sursis et 500 000 à 2 000 000 FCFA d’amende (art. 290)
  • Injure publique : amende de 100 000 à 500 000 FCFA (art. 298)
  • Injure discriminatoire (sexe, race, religion, VIH) : 1 à 6 mois de prison et amende doublée (art. 298 al. 2)
Bon à savoir : Le code de la presse de 2020 exclut explicitement les réseaux sociaux de son champ d’application (art. 2). Par conséquent, les injures et la diffamation sur Facebook, WhatsApp ou TikTok relèvent du code pénal et de la loi de 2018 sur la cybercriminalité, pas du code de la presse.

Atteinte à la dignité humaine en ligne (art. 28)

Enfin, la loi de 2018 sanctionne spécifiquement quiconque porte atteinte à la dignité humaine, à l’intimité ou à la vie privée d’une personne via un système informatique. La peine atteint 6 mois à 2 ans d’emprisonnement et 2 à 10 millions FCFA d’amende.

Cet article protège notamment les victimes de publication de photos intimes sans consentement (revenge porn) ou de harcèlement en ligne répété.

Vous êtes victime de menaces ou d’insultes en ligne ?

Contactez-nous gratuitement :
WhatsApp : +228 91 18 50 58 |
Poser ma question

Les zones grises : cyberharcelement et usurpation d’identité numérique

Malgré un arsenal juridique solide, deux situations fréquentes au Togo ne trouvent pas de qualification explicite dans la loi.

Le cyberharcèlement : un vide terminologique

Premièrement, le terme « cyberharcèlement » n’apparaît dans aucun texte togolais. Autrement dit, aucune qualification pénale spécifique ne couvre le harcèlement en ligne répété (messages insistants, publications humiliantes, campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux).

Loi vs pratique : En l’absence de qualification spécifique, les victimes de cyberharcèlement doivent combiner plusieurs textes pour obtenir justice. Voici les bases juridiques utilisables :
Comportement Texte applicable Article Peine
Injures répétées en ligne Code pénal Art. 298 Amende 100K–500K FCFA
Diffamation en ligne Code pénal Art. 290 1–6 mois sursis + 500K–2M
Menaces en ligne Code pénal Art. 246 1–5 ans + 100K–500K
Atteinte à la dignité en ligne Loi 2018-026 Art. 28 6 mois–2 ans + 2M–10M
Publication photos intimes Code pénal Art. 368-369 6 mois–2 ans + 2M–10M
Divulgation données personnelles Loi 2019-014 Art. 92 1–5 ans + 1M–10M

L’usurpation d’identité numérique : un vrai vide juridique

Deuxièmement, créer un faux profil Facebook au nom d’une autre personne ne constitue pas une infraction spécifique dans la loi togolaise. En effet, ni la loi de 2018, ni le code pénal ne mentionnent l’« usurpation d’identité numérique ».

Toutefois, la victime peut invoquer :

  • L’escroquerie (art. 448-449 code pénal) si le faux profil sert à obtenir de l’argent – usage d’un faux nom pour tromper autrui
  • L’atteinte à la dignité (art. 28 loi 2018) si le faux profil porte atteinte à la réputation de la victime
  • La circonstance aggravante TIC (art. 20 loi 2018) qui double les peines de l’escroquerie commise en ligne
Bon à savoir : Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont adopté des lois spécifiques sur l’usurpation d’identité numérique. Le Togo pourrait combler cette lacune dans une prochaine révision de la loi de 2018.

Autres infractions : fausses nouvelles, terrorisme et contenus illicites

Diffusion de fausses nouvelles (art. 25)

La loi punit quiconque publie ou partage de fausses informations tendant à faire croire à une situation d’urgence. La peine atteint 1 à 3 ans d’emprisonnement et 1 à 3 millions FCFA d’amende. Cela couvre notamment les fausses alertes virales sur WhatsApp.

Pornographie infantile (art. 11-14)

La loi qualifie de crime la production, la diffusion, l’importation ou la simple possession de contenus pédopornographiques. Selon le degré d’implication, les peines vont de 6 mois à 10 ans de réclusion criminelle.

Terrorisme via les TIC (art. 21-26)

Quiconque utilise les technologies pour commettre ou faciliter des actes de terrorisme encourt 10 à 20 ans de réclusion criminelle et 5 à 10 millions FCFA d’amende.

Contenus racistes et xénophobes (art. 15)

La loi sanctionne également la diffusion en ligne de contenus incitant à la haine raciale ou ethnique : amende de 500 000 à 2 000 000 FCFA. Par ailleurs, l’incitation à la discrimination entraîne 6 mois à 2 ans de prison et 1 à 3 millions FCFA d’amende.

Comment porter plainte pour cybercriminalité au Togo

Si vous êtes victime d’une infraction en ligne, voici la procédure à suivre en 4 étapes :

Étape 1 : Collecter les preuves

Avant toute chose, rassemblez les éléments de preuve. En effet, l’article 41 de la loi de 2018 admet l’écrit électronique comme mode de preuve au même titre que l’écrit sur support papier.

  • Captures d’écran des messages, publications ou profils concernés (avec la date visible)
  • URL des pages ou profils incriminés
  • Témoignages de personnes ayant vu les contenus
  • Relevés de transactions Mobile Money si arnaque financière
Attention : Ne supprimez pas les messages reçus et ne bloquez pas immédiatement l’auteur. Ces éléments constituent vos preuves. Faites des captures d’écran d’abord.

Étape 2 : Déposer plainte au commissariat

Ensuite, rendez-vous au commissariat de police ou à la gendarmerie la plus proche. Présentez vos preuves et expliquez les faits. À partir de là, l’officier de police judiciaire peut ordonner une perquisition informatique (art. 42) et la saisie de données numériques (art. 43).

Étape 3 : Saisir le procureur de la République

Si l’enquête le justifie, le procureur peut alors autoriser l’interception de données informatisées (art. 44). Il peut également ordonner aux fournisseurs de services de coopérer avec les autorités.

Étape 4 : Suivre la procédure judiciaire

Enfin, les agents assermentés de l’ANCy et des structures de lutte contre la cybercriminalité disposent de pouvoirs spéciaux d’enquête (art. 46). Sous contrôle judiciaire, ils peuvent accéder aux systèmes informatiques et collecter des preuves électroniques.

Conseil pratique : Pour les infractions simples (injures, menaces), la procédure dure en moyenne 2 à 6 mois. Pour les arnaques organisées, comptez 6 mois à 1 an. Un avocat peut vous aider à accélérer la procédure.

Peines complémentaires et responsabilité des entreprises

En plus de la prison et de l’amende, le juge peut prononcer des peines complémentaires (art. 38) :

  • Interdiction d’émettre des messages de communication numérique
  • Interdiction d’accès au site ayant servi à commettre l’infraction
  • Coupure de l’accès internet du condamné (durée max 5 ans)
  • Confiscation du matériel informatique (art. 37)

De surcroît, la loi engage la responsabilité des personnes morales (entreprises, associations) au titre de l’article 36. Celles-ci risquent une amende pouvant atteindre 300 millions FCFA, la dissolution, l’interdiction d’activité ou l’exclusion des marchés publics.

En cas de bande organisée (art. 35), le juge double les peines. Par conséquent, si l’État togolais subit un cybercrime organisé, la réclusion peut atteindre 30 ans.

Par ailleurs, connaître vos droits en cas d’arrestation reste essentiel si vous faites l’objet de poursuites dans une affaire de cybercriminalité.

FAQ – Cybercriminalité au Togo

Que risque-t-on si on pirate le compte Facebook de quelqu’un au Togo ?

Le piratage d’un compte constitue un accès frauduleux à un système informatique au sens de l’article 8 de la loi de 2018. La peine est de 6 mois à 2 ans d’emprisonnement et de 5 à 20 millions FCFA d’amende. Si le piratage cause des dommages graves (suppression de données, usurpation), la peine est doublée.

Comment porter plainte pour une arnaque sur WhatsApp au Togo ?

Faites des captures d’écran des messages frauduleux et conservez les relevés de transactions Mobile Money. Ensuite, rendez-vous au commissariat de police le plus proche pour déposer plainte. L’officier de police judiciaire transmettra votre dossier au procureur. Pour rappel, la loi punit l’escroquerie en ligne de 1 à 3 ans de prison (art. 452 code pénal), avec aggravation pour utilisation des TIC (art. 20 loi 2018).

Les insultes et menaces sur Facebook sont-elles punies au Togo ?

Oui. La loi sanctionne les injures publiques en ligne d’une amende de 100 000 à 500 000 FCFA (art. 298 code pénal). De plus, les menaces de mort en ligne entraînent 3 à 5 ans de prison (art. 246 code pénal). Enfin, l’atteinte à la dignité via un système informatique expose l’auteur à 6 mois à 2 ans et 2 à 10 millions FCFA (art. 28 loi 2018).

Peut-on être poursuivi pour avoir partagé une fausse information sur WhatsApp ?

Oui, si cette fausse information tend à faire croire à une situation d’urgence (fausse alerte, fausse nouvelle sur une catastrophe). L’article 25 de la loi de 2018 punit ce comportement de 1 à 3 ans d’emprisonnement et de 1 à 3 millions FCFA d’amende. Le simple partage d’un message faux peut constituer une complicité.

Le cyberharcèlement est-il puni par la loi togolaise ?

Il n’existe pas de qualification spécifique « cyberharcèlement » dans la loi togolaise. Cependant, plusieurs textes combinés sanctionnent les comportements constitutifs du cyberharcèlement : injures (art. 298 code pénal), menaces (art. 246), atteinte à la dignité en ligne (art. 28 loi 2018) et violation de la vie privée (art. 368-369 code pénal). Par conséquent, la victime peut déposer plainte en invoquant ces différentes qualifications.

Sources et références

Ce que disent nos lecteurs

"Mon mari est parti sans laisser d'adresse depuis plus de deux ans. Je ne savais pas si je pouvais demander le divorce, ni comment faire seule avec mes trois enfants. L'article sur l'abandon de foyer m'a tout expliqué clairement, et Ophelia m'a guidée étape par étape via WhatsApp. Je me suis sentie moins perdue, moins seule."

Akossiwa, 31 ans, couturière à Kpalimé

"Le père de mes enfants refusait de payer la pension alimentaire depuis des mois, en disant qu'il n'avait pas d'argent. LQDD m'a expliqué comment saisir le juge des affaires familiales et quels justificatifs préparer. Aujourd'hui la pension est fixée par ordonnance."

Ablavi, 28 ans, vendeuse au marché à Atakpamé

Besoin d'un conseil juridique ?

Nos juristes specialises en droit togolais vous repondent gratuitement.

Avertissement juridique

Les informations publiées sur ce site sont fournies à titre informatif et pédagogique. Elles ne constituent en aucun cas un avis juridique personnalisé ni une consultation professionnelle. Les textes de loi cités sont susceptibles d'évoluer. Pour toute situation particulière, nous vous recommandons de consulter un professionnel du droit ou de nous contacter sur WhatsApp pour un accompagnement adapté.